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 Sur le chemin, je t'ai rencontré (Pv Maël)

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MessageSujet: Sur le chemin, je t'ai rencontré (Pv Maël)   Mer 25 Jan - 5:05
Sur le chemin, je t'ai rencontré.
Une simple histoire de charrette !
SHINKI Kyoko
&
FUSSELIN Maël
Kyoko était contrariée. Accroupie devant un petit stand qui bordait le chemin menant au laboratoire d'Akira, la goupix regardait avec attention son reflet dans un miroir à pieds, ses doigts négligemment fermés sur une adorable pince à cheveux alors que les autres clients lui tournaient autour avec exaspération.

Depuis quelques jours, la petite rousse était particulièrement soucieuse de son physique pour ne pas dire, obsédée par ce dernier. Que ce soit son teint qu'elle ne trouvait plus assez pâle ou la forme de ses yeux qui ne lui paraissaient plus aussi jolie qu'avant, Kyoko, en ce moment, aurait voulu tout changer et tout refaire de son visage.

Elle soupira et se caressa les lèvres, pensive.
Tout avait commencé à la suite d'une remarque innocente. Ce matin-là, Kyoko avait perdu son portable et la personne qui le lui avait rapporté - une camarade de classe - avait naïvement demandé, si le garçon en fond d'écran était son petit ami. Évidemment, cela l'avait fait beaucoup rire, puisqu'il s'agissait en vérité d'Akira, son renard de frère. Son hilarité s'était toutefois vite éteinte quand les grandes prunelles chocolat de sa collègue s'étaient écarquillées et qu'elle avait immédiatement répliqué, un sourire désolé en coin : Tu ne lui ressembles pas du tout.

Tu ne lui ressembles pas du tout.

Kyoko fronça les sourcils et prit le miroir d'une main, approchant son visage jusqu'à ce que le bout de son nez en frôle la surface froide. Ne ressemblait-elle vraiment pas à Akira ? Il devait bien y avoir quelque chose de similaire entre eux pourtant, non ? Peut-être la bouche ? Les sourcils ? La mâchoire ou même les joues ?

La jeune fille soupira profondément. A force de s'observer, elle-même ne trouvait plus.

-Mademoiselle, alors-qu'en pensez-vous ? Prenez-vous la barrette ?

Le regard violet de Kyoko se porta sur la marchande et elle se redressa, le poing précieusement fermé sur l'accessoire qu'elle avait déniché un peu plus tôt. Petit et fine, la céramique du peigne qu'elle tenait était magnifique, peinte à la main dans un bleu azur et décorée de jolis flocons argentés qui rappelaient l'hiver, avec, accrochée à sa hanse la plus épaisse, de longs et très fins fils d'or blanc qu'on avait décoré de fleur de pruniers en porcelaine et aux cœurs de saphirs. C'était le genre de beaux bijoux que portaient les femmes nobles lors des réceptions du nouvel an, dans leur chignon ou leurs tresses. Mais en l'occurrence, celui-ci était particulièrement raffiné.

Kyoko se mordilla la lèvre inférieure tandis que son pouce dessinait fébrilement les contours de la barrette. Yuuna aimerait-elle ce cadeau ? Elle était si humble et douce, nul doute qu'il lui faudrait insister un peu pour la convaincre d'accepter. Au pire, elle pouvait toujours poser le paquet quelque part près des affaires de l'assistante et s'enfuir ensuite sans demander son reste.

La goupix avait économisé tout le mois de décembre pour offrir un objet de cette valeur à la galopa, espérant secrètement lui montrer ainsi à quel point, elle l'appréciait. Son cœur manqua un étrange battement et elle se mit à rougir furieusement. Yuuna serait tellement jolie avec cette barrette dans les cheveux...

Ah, si j'étais un homme, j'aurai pris Yuuna pour femme ! Tu as intérêt a pas foirer ton coup Akira.

-Oui, faites-moi un papier cadeau s'il vous plaît, si possible dans une boîte solide pour éviter tout accident malencontreux.

La commerçante s'inclina poliment et Kyoko souriante, remit un des deux écouteurs qui pendaient à son cou dans son oreille droite. Aujourd'hui, était un jour de marché à Rosalia et les venelles de la ville, d'habitude extrêmement calme, grouillaient de monde. C'était un spectacle réjouissant et plutôt rare pour un endroit où les gens ne restaient jamais longtemps en général.
Attirée par tout ce capharnaüm, la jeune pokémon avait profité de sa visite quotidienne au labo pour faire un détour sur la plus grande place du village.

La marchande vint lui tendre un coffret japonais orné d'un beau ruban blanc et en échange, elle lui donna ironiquement tout son portefeuille dans une moue coquine. De toute façon, celui-ci reviendrait complètement vide.

Satisfaite de son emplette, Kyoko rangea la boîte dans le fond de son sac à main avec précaution et prudence pour être certaine qu'il ne puisse rien arriver à cette dernière. Elle allait relever la tête quand un violent coup de coude administré entre les côtes lui coupa le souffle et la fit grimacer. Son regard se détourna de la petite route qu'elle était sur le point de prendre pour se diriger furieusement vers l'allée principale où s'affairaient les passants et les convois.

-Hey !! -lâcha-t-elle, cependant totalement ignorée par le grand gaillard qui venait de la cogner.-

Peut-être que c'était le hasard ou bien le destin, mais c'est à ce moment-là qu'elle repéra un étrange attroupement autour d'un jeune homme. Il semblait particulièrement nerveux et était retenu par quelques personnes qui l'empêchaient fermement de mettre un pied devant l'autre pour une raison qui échappait totalement à Kyoko. Toutefois, si l'attention des uns était concentrée sur sa silhouette qui paraissait frêle, mais énervée, les yeux de l'inconnu, eux, passaient frénétiquement d'un point lointain à la chaussée.

Qu'est-ce qu'il a, celui-là ?

Elle s'avança légèrement, suivant avec attention ce regard paniqué qui remontait et descendait de plus en plus vite avec une inquiétude grandissante. Se concentrant vivement sur le fond de la venelle qui aurait paru flou à n'importe qui, la goupix cru distinguer un objet foncé et descendre dans cette direction, ainsi qu'un mouvement certain de panique. Étais-ce son imagination ?

C'était bien trop loin pour qu'elle soit sûre de ne pas se tromper, mais à la façon dont le garçon d'en face réagissait, il ne pouvait pas s'agir d'une coïncidence ? La renarde s'apprêtait à prudemment s'éloigner quand elle l'aperçut enfin, le gamin au milieu de la rue qui creusait un trou entre les dalles sans se douter de rien. Un  cri retentit, strident et Kyoko réagit au quart de tour. Le souffle court, elle se précipita au pas de course jusqu'au petit garçon et tenta de le tirer par le poignet pour l'éloigner vivement du chemin.
L'enfant lui résista cependant violemment, surpris et énervé par cette intervention impromptu.

-Qu'est-ce que vous faite la vielle ?! -siffla-t-il, boudeur-

-Roh tais-toi et suis-moi le mioche !! -répliqua-t-elle, le ton alarmant de sa voix néanmoins étouffé par le brouhaha des gens autour d'eux qui commençaient à fuir sur les côtés.-

-Attention, éloignez-vous vite de la route !!!

Kyoko paniquée fit la seule chose qui lui venait à l'esprit, elle se pencha au-dessus du garçonnet et l'enfonça de force dans ses bras, fermant vivement les yeux en attendant que la charrette qui dévalait la rue à toute allure, les percute.




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MessageSujet: Re: Sur le chemin, je t'ai rencontré (Pv Maël)   Mer 25 Jan - 22:38

 

 
Sur le chemin, je t'ai rencontré
ft. Kyoko ♥

 
Marché - Rosalia

Maël, apprendras-tu donc un jour à regarder devant toi lorsque tu marches ? Car en gardant tes yeux rivés sur ton bouquin, comment peux-tu espérer partir d'un point A et arriver à un point B sans passer par le reste de l'alphabet ? Si tes pas sont assurés, ce n'est pas parce qu'ils connaissent le chemin par cœur, loin de là. Heureusement que les passants sont plus attentifs que toi, sinon tu en aurais renversé au moins une dizaine depuis que tu es sorti de chez toi. Nombreuses sont ces personnes qui s'écartent de ton sillage et te regarde t'éloigner en se demandant quelle mouche t'a piqué. Et toi, tout concentré que tu es à ta lecture, tu ne remarques rien. Tu te contentes de lever les yeux quelques secondes pour t'assurer que tu ne manques pas ta rue, histoire de te donner un minimum de bonne conscience. Mais « quelques secondes », ce n'est pas suffisant pour te repérer, surtout lorsque tu ne connais pas encore la ville. C'est la réflexion que tu te fais soudain en changeant de page. Perturbé par cette devanture que tu n'as jamais vu auparavant, tu t'arrêtes au beau milieu de la rue, calant ton marque page au début du neuvième chapitre. Un malencontreux coup d'épaule de la part d'un homme qui ne t'as pas vu t'arrêter propulse aussitôt ton ouvrage sur les pavés de l'allée, t'arrachant un couinement d'animal blessé. Si tu n'entends pas les excuses du passant, tu remarques cependant à son visage confus que ce n'était pas voulu. D'ailleurs, il se hâte de récupérer ton livre avant que quelqu'un ne marche dessus et te le rends en époussetant sa surface. Tu le récupères en lui rendant son sourire désolé.

Maintenant que tu es plus attentif à ton environnement, tu remarques plusieurs choses. Déjà, tu n'es pas du tout sur la route menant au laboratoire. A vrai dire, tu ignores tout simplement où tu te trouves. Tu as beau regarder de partout, tu ne reconnais pas la moindre échoppe, pas la moindre ruelle. Par contre, tu comprends rapidement que tu te trouves au milieu d'un marché - les petits stands installés de part et d'autre de la rue ne trompent pas. Tu comprends mieux pourquoi il y a autant de monde, bien que tu viennes à peine de le remarquer. Concentré sur ta lecture et privé de ton audition, comment aurais-tu pu t'en rendre compte avant ? - en levant les yeux, oui, certes. Bref, tout ça ne t'annonce rien qui vaille. Tu ne sais pas où tu es ou comment rejoindre ta route. Et tu ne risques pas de réclamer l'aide des passants – y a-t-il seulement une personne au milieu de cette foule qui sait parler la langue des signes ? Nerveux, tu te mordilles la lèvre inférieure en te rapprochant d'un stand proposant diverses sortes de thé. L'odeur t'entête aussitôt, te forçant à battre en retraite un peu plus loin. Une fois en sécurité entre un vendeur d'éventails et une marchande de tissus, tu glisses ta main dans ton sac en bandoulière pour en sortir ton téléphone portable. Si tu n'as jamais utilisé la fonction GPS auparavant, c'est enfin le grand jour. Sauf si ton appareil décide de ne pas capter le réseau internet … voilà qui te donne un nouvel argument en faveur du papier. Lui au moins, il ne te trahit jamais lorsque tu as besoin de lui !

Te voilà donc bien embêté. Désorienté, tu prends cependant le temps de glisser ton livre entre ta tablette et tes carnets – il ne faudrait pas qu'il s'abîme quand même. Tes prunelles olives ratissent la foule qui s'agite devant toi tandis que ton cerveau tourne à plein régime. Que faire ? Tenter de communiquer avec un passant quitte à utiliser ton casque et le microphone ou essayer de t'en sortir par toi-même ? En remontant la rue, tu finiras bien par retrouver ton chemin. Surtout maintenant que tu as rangé l'élément perturbateur qui t'a mis dans cette situation. Décidé à te sortir de ce pétrin, tu sors de ta cachette pour rejoindre la cohue que tu devines bruyante. Même huit ans après avoir perdu l'audition, tu es toujours autant perturbé de voir des bouches s'agiter mais aucun son te parvenir. Tu aimerais savoir quel brouhaha créait ce genre de marché. Quel tintement produisent ces carillons. Quel clapotis s'élève de cette fontaine. Tous ces bruits inconnus, qui ne faisaient pas parti de ta vie lorsque tu entendais. Tu ne te souviens que de cris, que de pleurs, que de râles de souffrance. Et du fracas de l'explosion, des pierres propulsées contre les murs, du roulement des gravats – et des hurlements d'agonie, aussi. Dans tes cauchemars, tu revis ces scènes, ces moments de ta vie que tu souhaiterais tant oublier. Mais ils te hantent, te happent dans une spirale infernale et ne t'autorisent à t'en échapper qu'une fois l'aube arrivée. Combien de temps encore te tortureront-ils ?

Occupé à déchiqueter ta lèvre inférieure, tu zigzagues parmi la foule que tu remontes à contre-courant. Tu es bien le seul à vouloir t'échapper de ce marché si animé et visiblement si apprécié des Rosaliens. Tu aurais sûrement apprécié en faire le tour si tu n'étais pas attendu par le professeur un peu plus tard dans la matinée. La prochaine fois, peut-être, tu prendras le temps de t'y promener. Pour l'heure, tu te contentes de regards furtifs à droite, à gauche, appréciant les couleurs chatoyantes des stands et les jolis produits qu'ils proposent. Et ce n'est par on ne sait quel hasard que, à ce moment précis, cet enfant au visage maculé de chocolat a lâché son ballon en forme de Galvaran. Attiré par ses reflets dorés et argentés, ton regard a suivi sa trajectoire tandis qu'il s'élève au dessus de la cohue Et c'est à ce moment que tu l'as aperçu. Ce point à l'horizon qui ne cesse de grossir, ces personnes qui se hâtent de s'écarter. En plissant suffisamment les yeux, tu parviens à reconnaître ce qui arrive à tout allure en direction du carrefour où la foule s'est amassée. Une charrette, identique à toutes seules qui supportent les stands autour de toi. Aussitôt, tu regardes autour de toi, mais personne ne semble l'avoir remarqué. Tout le monde vaque à ses occupations, inconscient du danger qui les guette. Nerveux, tu trépignes sur place, incapable de savoir quoi faire. Comment espères-tu prévenir qui que ce soit dans ta condition ? Ce n'est pas en agitant les bras comme un pantin désarticulé que tu vas être utile en quoi que ce soit.

Pourtant, la charrette se rapproche de seconde en seconde. Vite, il te faut agir avant qu'il ne soit trop tard. Mais alors que tu t'apprêtes à fendre la foule, ton sac percute une cagette de pommes, provoquant la chute de l'une d'elles. Par réflexe, tu te penches pour la ramasser mais c'est sans compter sur la vendeuse qui commence à s'agiter. Incapable de comprendre ce qu'elle peut bien bougonner, tu la regardes d'un air ahuri. Aussitôt, un petit attroupement de personnes se forme autour de toi. A leurs regards désapprobateurs, tu comprends que l'on te reproche quelque chose. Mais quoi ? Oui, tu as fait tomber cette pomme, mais tu ne l'as pas fait exprès. Sur leurs lèvres, tu penses reconnaître les mots « voleur » et « argent ». Pensent-ils donc que tu as essayé de voler le fruit ?! Incapable de comprendre la situation, tu essaies de t'échapper mais impossible pour toi de faire ne serait-ce qu'un pauvre pas. Tu as beau avoir reposé la pomme dans la cagette, ces inconnus continuent de te tenir la patte. Or, la charrette continue son bonhomme de chemin et se rapproche de plus en plus. Ce n'est plus qu'une question de seconde avant qu'elle ne déboule dans la rue et ne provoque un vrai carnage. Heureusement, l'alarme a été donné car s'en suit un mouvement de panique qui te soulage plus qu'il ne t'effraie – les bouches sont grandes ouvertes, mais aucun cri ne vient vibrer dans tes oreilles, même hybrides. Ton soulagement soudain ne dure cependant qu'une demi-seconde : tandis que chacun prend ses jambes à son cou sans se soucier de son prochain, une jeune fille tente de convaincre un gamin de la suivre. Empoté, il ne bouge pas d'un poil, alors que la demoiselle s'apprête à faire rempart de son corps.

Effrayé à l'idée qu'ils puissent se faire percuter, tu joues des coudes pour fendre la foule paniquée, le regard rivé sur la charrette qui n'est désormais plus qu'à quelques mètres. Persuadé de ne pas pouvoir les rejoindre à temps, tu libères une énergie psychique qui s'entortille tel un serpent autour des roues de la roulotte. Jamais encore tu n'as tenté une chose pareille – lorsque tu utilises Psyko, c'est seulement pour amener des objets à toi ou pour garder un livre à hauteur d'yeux quand tes mains sont occupées à autre chose. Ce sont des objets légers et statiques que tu as l'habitude de déplacer, pas une charrette remplie de légumes lancée à pleine vitesse. Mais tu n'as pas le droit à l'erreur, tu dois contrôler ce pouvoir encore tout nouveau pour toi si tu ne veux pas être aux premières loges d'un spectacle morbide. Transpirant à grosses gouttes sous l'effort, tu utilises toutes tes forces pour arrêter le roulement des roues en bois. Soudain, la charrette s'immobilise, vacille, puis s'écroule finalement à quelques centimètres à peine de ses futures victimes, rependant son chargement au milieu de l'allée. Fébrile, tu mets quelques secondes à réaliser ton exploit avant de tomber à genoux, le souffle court. Un peu plus et c'était la fin des haricots. Heureusement, tout est bien qui fini bien – sauf pour ces tomates éclatées, se vidant lentement de leur jus sur la chaussée.

Tremblotant, tu parviens tout de même à te relever pour rejoindre la demoiselle et l'enfant qui n'ont pas bougés d'un iota. Quelques carottes et pommes de terre ont roulées à leurs pieds mais, pour le reste, ils ne semblent pas avoir été mitraillés de légumes. La voix chevrotante, entrecoupée d'inspirations soudaines, tu t'adresses ainsi à la demoiselle :

T-t-t-t-tout va bien … ?

Elle peut bien te rire au nez pour ton élocution désastreuse, tu pourras toujours te consoler en te disant que tu lui as sauvé la vie ...

 

 


MAËL
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MessageSujet: Re: Sur le chemin, je t'ai rencontré (Pv Maël)   Jeu 26 Jan - 15:26
Sur le chemin, je t'ai rencontré.
Une simple histoire de charrette !
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Kyoko l'avait bêtement attendu.

Alors que la charrette fonçait sur elle et le petit garçon, à pleine vitesse, les cris d'effroi et de stupeur montant crescendo dans l'atmosphère, à l'image de la note finale d'un orchestre lorsque la maestro lève la baguette au plus haut et que la musique bat son plein, Kyoko l'avait patiemment attendu ; le film de sa vie.

Elle en avait tellement entendu parler, tellement lu de livres à son sujet qu'elle l'avait attendu, sans réfléchir et sans se questionner, les yeux fermés, à la recherche de ces fameux souvenirs qui étaient censés défilés d'une minute à l'autre dans sa tête.

De qui allait-elle se rappeler en premier exactement ? De ses sœurs ? D'Akira ? De Shin ? De son père ? Peut-être même de sa mère ? Sa prise nerveuse dans le dos du garçonnet, elle avait fouillé et raclé à l'intérieur de sa tête pour réussir à attraper la première image qui lui viendrait à l'esprit, sans succès.
Et les secondes défilaient sans qu'il ne se passe quoi que ce soit. Tout était... Tristement vide.

Ce n'est pas possible, je ne me rappelle de rien ? Je vais vraiment mourir comme ça ?!

Kyoko hoqueta, elle devinait désormais le cliquetis des roues, le son des fruits qui dévalent sur la route et s'éclatent en morceau. Elle se demanda même si ce qu'il resterait de son corps serait semblable à une bouillie de pépins éclatés, et elle serra la mâchoire, l'estomac retourné à cette idée.

Soudain, il y eut un grand fracas.
La goupix étrangla le garçon dans son étreinte prête à encaisser le choc...qui ne vint jamais.

T-t-t-t-tout va bien … ?

Hein ?

Kyoko rouvrit fébrilement, un œil, puis un autre. Je suis vivante ?

-La vielle, lâche-moi tout de suite !

La renarde sentit un puissant de coup-de-poing taper dans son ventre et relâcha immédiatement sa prise sur le gamin, qui s'enfuit sans demander son reste. Au moins, si elle doutait être vivante, la douleur qui se distillait désormais sournoisement entre ses côtes lui prouvait a fortiori le contraire.

Quel ingrat. -marmonna-t-elle dans sa barbe, encore choquée parce qu'il venait de se passer.

Lentement, mais sûrement son regard se posa sur le jeune homme qui se tenait près d'elle, la poitrine secouée par une respiration curieusement saccadée, et avec une odeur de sueur qui lui collait à la peau, mais pas de façon spécialement désagréable.

À sa façon de se tenir, Kyoko comprenait qu'il venait de fournir un effort conséquent, voir violent. Etait-il celui qui avait arrêté la roulotte folle ? Elle ne savait pas, mais elle le reconnut en tout cas comme celui que les passants avaient difficilement maintenu en place un peu plus tôt.

Avec ses yeux doux et son visage juvénile, il dégageait quelque chose d'étrangement apaisant. Elle ne pouvait pas dire qu'il avait les traits saisissant. Il n'était pas d'une beauté qui coupait spontanément le souffle, mais d'un charme particulier et bien plus subtil, peut-être même plus précieux et rare.

La rousse se passa nerveusement une mèche de cheveux derrière l'oreille et ouvrit la bouche pour tenter de lui répondre, se retrouvant néanmoins muette.
Pour la première fois depuis son intervention “héroïque”, elle se rendait compte que sa gorge était douloureusement étroite, pressée par une imposante boule qui lui bloquait l'œsophage et l'empêchait de respirer comme il faut. C'était si désagréable qu'elle en avait les larmes aux yeux et que ses mains, ses jambes, son dos, tremblaient. Tout tremblait.

Les iris mauves de Kyoko trouvèrent ceux vert olive de l'inconnu qui semblaient gentiment inquiet.

Allez-Kyoko ! -s'insurgea-t-elle- Remercie-le ! Il vient de te sauver la vie par Arceus !

Mais à la place, elle attrapa fébrilement la manche du haut du jeune homme et se mit à pleurer. Kyoko couvrit sa bouche pour étouffer ses sanglots sans y parvenir et ses doigts se refermèrent désespérément sur le tissu chaud comme pour empêcher son sauveur de se relever et partir, passer son chemin après s'être assuré qu'elle n'avait rien de cassé.

-Je..je, je suis désolée. -bégaya-t-elle-, le nez et les yeux coulant, pleurant de plus belle.- Je..je suis désolée...

Son élocution n'était pour le coup, pas spécialement jolie non plus.




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MessageSujet: Re: Sur le chemin, je t'ai rencontré (Pv Maël)   Ven 27 Jan - 0:40

 

 
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Marché - Rosalia

Jamais ton cœur n'a battu un tel tempo endiablé dans ta poitrine – enfin, si, autrefois, dans d'autres conditions que tu souhaites oublier, donc faisons comme si c'était la première fois. En nage, tu peines à tenir sur tes jambes tant l'effort t'as coûté en énergie. Si tu n'écoutais que ton instinct, tu irais te trouver un coin confortable où roupiller un petit quart d'heure, laissant Repos remplir de nouveau tes batteries. Mais ce n'est ni l'endroit, ni le moment pour s'abandonner aux bras de Morphée, même l'espace de quelques minutes. Surtout pas après ce qu'il vient de se passer. Il s'en est fallu de peu pour éviter la catastrophe. Et dire que personne n'a levé le petit doigt pour cesser la course de cette charrette ! Tu ne veux pas croire qu'aucun hybride ne traîne dans les parages. Rosalia est connue pour son impressionnante population de Chétiflor et de membres de la famille d'Evoli. Que personne ne vienne te dire qu'aucune liane, qu'aucune force psychique – autre que la tienne – aurait pu réagir de la même manière que toi. Chacun s'est préoccupé de sa propre sécurité, sans se soucier d'autrui. La preuve, où est la mère de cet enfant insolent qui s'éloigne après avoir cogné sa sauveuse ?  A-t-elle seulement remarqué l'absence de son rejeton ? Si tu espères que oui, une partie de toi est pourtant persuadée du contraire.

Ton regard suit le chemin du gamin jusqu'à ce qu'il disparaisse au milieu de la foule. Maintenant que le danger est écarté, chacun a reprit ses activités comme s'il ne s'était rien passé. Seuls quelques marchands se sont éloignés de leur stand pour discuter entre eux et organiser le nettoyage de la chaussée. Entre les tomates explosées, les pommes de terre ratatinées et les poivrons éclatés, le propriétaire de la roulotte a perdu un bon quart de ses produits. Tu le repères facilement, la face livide et les yeux fous, au milieu de ses collègues. A son attitude effarée et son air désolé, tu comprends qu'il vient de passer le pire moment de sa vie. Et si tu en crois son tshirt trempé, la course poursuite après sa propre charrette l'a fait plus transpiré que n'importe quelle discipline sportive. La prochaine fois, aucun doute qu'il sécurisera davantage sa roulotte, histoire qu'elle ne se prenne pas une nouvelle envie de liberté. Personne cependant n'amorce le moindre geste dans votre direction. Ils doivent bêtement se dire que tu maîtrises la situation, mais c'est loin d'être le cas. Tu risques de t'évanouir à tout moment et si ton estomac n'était pas vide, tu en aurais répandu le contenue au milieu des légumes déchiquetés. Comme quoi, il y a du bon à avoir un appétit d'oiseau, parfois.

Puisque l'on t'as visiblement assigné la tâche de veiller sur l'état de la demoiselle, tu baisses les yeux sur elle et hoquète de surprise en voyant les larmes qui inondent son jolie visage. Est-elle blessée quelque part, au final ? Dans sa précipitation, peut-être s'est-elle tordue la cheville ou fait claquer un nerf. Ou alors, le coup de poing de ce petit sauvageon a eu raison de ses côtes. Si tu montes tout de suite sur tes grands chevaux, tu en redescends tout aussi vite en te rappelant que, parfois, un choc émotionnel est d'autant plus douloureux que n'importe quel coup. Cette charrette aurait pu les faucher, elle et l'enfant, et leur causer bien plus que quelques ecchymoses ou fractures. Lorsque ses doigts se referment sur la manche de ton hoodie bleu marine, tu es prit d'une certaine panique : que dois-tu faire ?! Tu n'as jamais été très doué pour consoler les filles – ou les garçons, d'ailleurs. Même les chagrins de ton petit-frère, tu as toujours eu du mal à les gérer. Tu as vu couler tant de larmes dans ton enfance que tu n'es pas capable de savoir comment les sécher – pourquoi pleurent-ils alors qu'ils sont en vie et en sécurité? te répètes-tu souvent, incapable de comprendre que tous ne ressortent pas des entrailles de la terre, que tous n'ont pas connu la même misérable vie que toi.

Sa bouche s'agite mais évidemment, tu n'entends rien. Et lire sur ses lèvres est une cause perdue : elles tremblent tellement que ses mouvements n'ont plus le moindre sens. Sûrement te remercie-t-elle tout simplement – c'est ce que l'on fait lorsque l'on vous sauve la vie, non ? C'est peut-être un peu naïf de ta part d'avoir de telles pensées, mais ce sont les plus logiques pour toi. Quoi que, la gratitude n'est pas la même pour tous – rien qu'à voir ce garnement qui n'a pas trouvé mieux comme remerciement qu'un bon coup de poing bien placé. Mais alors, que faire ? Ne lui demande pas de répéter, tu ne comprendrais rien de toute façon. Et comme vous n'êtes pas au meilleur de votre forme l'un comme l'autre, toute tentative de communication est vouée à l'échec. Alors, un peu bêtement, tu hoches la tête – tu fais comme si tu as compris, comme si tu as entendu. Tu as oublié d'accrocher ton logo au scratch de ton sac, elle ne risque pas de comprendre ton handicap, alors fais comme si rien n'était. De toute façon, une fois le choc passé, elle reprendra ses activités comme tout le monde et toi, tu pourras repartir à la recherche de ta rue – ou d'un bar avec banquettes où tu pourrais t'installer le temps de laisser Repos chasser ta fébrilité et ta fatigue pesante.

Mais pour l'heure, tu ne peux pas la laisser dans cet état. Surtout que des regards curieux commencent à converger dans votre direction – tu attends quoi pour la consoler ?! semblent-ils de dire, des reproches pleins les yeux. Déglutissant, tu plonges ta main libre dans ton sac et y fouille à l'aveugle, cherchant le paquet de mouchoirs qui s'y promène constamment. Puisque tu n'es jamais enrhumé le paquet est encore scellé, ainsi galères-tu à l'ouvrir d'une main pour en tirer un kleenex sans le déchirer au passage. Si tu y parviens finalement, c'est non sans avoir galéré quelques bonnes secondes. Tu te hâtes ensuite de le lui tendre, pressé de voir disparaître les larmes ravageant son joli minois. Les marchands commencent à vous tourner autour comme des hyènes impatientes, ainsi comprends-tu que votre présence sur la chaussée et si près du carnage est dérangeante. Ils ont déjà ramassés la plupart des légumes, qu'ils ont entassés dans une large cagette en bois – tout ça partira à la poubelle, à moins qu'un fermier du coin ne souhaite les récupérer pour ses cochons ou son composte. Ce qu'il reste à nettoyer est éparpillé autour de vous, dans un périmètre que les adultes n'osent pas franchir. Que s'imaginent-ils, que tu es le petit ami effrayé qui est venu s'assurer de l'état de sa dulcinée ? Si le rouge te monte aux joues, tu le mets sur le compte de la fièvre.

Finalement, sous la pression de leurs regards impatients, tu aides la jeune fille à se relever afin de débarrasser rapidement le plancher. D'autant plus que, parmi les marchands, il y a cette dame qui te crois coupable de vol à l'étalage. Alors avant qu'elle ne revienne te courir sur le haricot, tu préfères mettre les bouts. Encore tout tremblotant, ravalant difficilement un bâillement qui promettait d'être long, tu guides non sans mal la rouquine loin du carnage végétal, prenant garde à ne pas glisser sur une tomate ratatinée ou une carotte bosselée. Tu contournes un morceau de bois éclaté ainsi qu'une laterne en papier blanc déchirée, plaignant le propriétaire de la charrette – avec de tels dégâts, elle ne risque pas de flâner dès le lendemain auprès de ses congénères. Si tu en avais eu la force, tu l'aurais gardé droite le temps que l'on vienne assurer son équilibre, mais c'est déjà un miracle de l'avoir arrêté à temps alors ne te blâme pas pour si peu. Ce ne sont que des dégâts matériels, une lanterne vaut moins qu'une vie. D'autant plus que ça aurait pu être bien pire : si elle s'était écrasée contre un mur ou au milieu d'autres charrettes, il y aurait plus à déplorer qu'une planche éclatée ou un lampion déchiré. Le marchand devrait s'estimer heureux de ton intervention – d'ailleurs, il ne t'a même pas remercié. Ou alors tu ne l'as pas entendu. Ce qui ne serait même pas étonnant.

Fébrile, tu guides néanmoins la demoiselle jusqu'à un amoncellement de palettes en bois, sur laquelle tu t'écroules en haletant. Tu ignores à qui elles appartiennent, mais tu n'as pas trouvé meilleur banc où t'asseoir. Vous êtes un peu en retrait du marché, dans une rue peu fréquentée où les marchands laissent leur bazar le temps de faire leurs affaires. En théorie, personne ne viendra vous y enquiquiner – chacun doit passer sa charrette au peigne fin pour s'assurer qu'elle ne risque pas de leur échapper. Du revers de la manche, tu essuies la fine particule de transpiration qui scintille sur ton front, écartant en même temps les mèches cendrées qui s'y sont collées. En ce moment, tu donnerais tout pour un verre d'eau – tu as la gorge si sèche que tu as l'impression d'avoir traversé un désert. Pourtant, tu mets tes besoins primaires de côté pour concentrer ton attention sur la demoiselle que tu as … héroïquement sauvé d'une charrette démoniaque. Pourquoi a-t-elle choisi de faire barrière de son corps plutôt que simplement pousser l'enfant ? Etait-elle donc prête à subir des dégâts colossaux pour l'épargner ? Un petit sourire fleuri sur tes lèvres sèches et gercées. Le véritable héros, en fin de compte, ce n'est pas toi. Mais bel et bien elle.

 

 


MAËL
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MessageSujet: Re: Sur le chemin, je t'ai rencontré (Pv Maël)   Sam 28 Jan - 16:50
Sur le chemin, je t'ai rencontré.
Une simple histoire de charrette !
SHINKI Kyoko
&
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Kyoko, les larmes pleins les joues, tenta de remettre un peu d'ordre dans son visage défait. Elle ramassa d'abord son sourire et le coin de ses yeux, en s'entraînant à rire bêtement dans le vide. En même temps, elle ne pouvait pas arriver avec une expression de serpillière chez Akira. Il en deviendrait fou d'inquiétude et elle voulait éviter cela à tout prix. Elle détestait quand son frère se faisait du mouron, surtout par sa faute.

La main toujours accrochée au haut de son sauveur, elle apprécia le silence respectueux dans lequel il l'abandonnait. Elle ne savait pas trop si c'était parce qu'il se sentait concerné ou juste perdu, mais l'un comme dans l'autre, cela ne la dérangeait pas puisqu'au moins, il restait à ses côtés. Combien de personnes auraient eu la patience de la voir sécher ses pleurs et se calmer ? Pas tant que ça ! D'ailleurs, on leur jetait déjà quelques regards agacés. Que l'humain peut-être égoïste parfois, c'est ce qu'elle pensait.

Le nez coulant de morve, elle accepta poliment le paquet de mouchoirs qu'il lui tendit. Voilà un geste qu'elle n'oublierait pas. C'était le premier souvenir qu'elle garderait de lui et le plus agréable aussi. Cette main tendue vers elle et ses yeux alors qu'il lui offrait de quoi essuyer les gouttes qui pendaient lamentablement à ses cils, elle ne l'oublierait jamais.

-Merci et désolée. -répéta-t-elle, en se mouchant bruyamment-.

Ce n'était pas encore le moment idéal pour discuter. Le jeune homme semblait l'avoir compris, parce qu'il ne répondit toujours rien et l'aida plutôt à se mettre debout sur ses genoux tremblants. Ses derniers s'entrechoquaient encore, similaire aux jambes d'un crabe lorsqu'il s'enfonce dans le sable. Autant dire que le choc passait à peine.

Les doigts fermement noués au doux hoodie de l'albinos, Kyoko suivit ses pas à petit rythme, s'amusant à placer ses chaussures dans la jolie trace qu'il laissait en battant la poussière du chemin de ses talons. Elle eut un sourire en réalisant la différence de taille, et rougit un peu. Il avait peut-être l'air frêle, mais il était prévenant et robuste, suffisamment pour la protéger. Son cœur se mit à battre un peu plus vite et ses larmes se tarirent. Les souvenirs de cette effroyable expérience cédaient à nouveau la place à des pensées plus juvéniles et innocentes.

Pendant leur marche, il sembla à Kyoko qu'elle tapait dans une ou deux pommes, mais elle tâcha de ne pas y prêter attention. En fait, elle évita de regarder la rue dans son ensemble, parce qu'elle avait un peu peur de replonger dans un état catatonique, si on pouvait appeler ça comme ça. Bientôt, ils s'installèrent sur un tas de planches et il sembla à la goupix qu'elle pouvait enfin respirer correctement, désormais à l'abri et éloigné de ce triste incident. Ses mains se serrèrent sur sa jupe d'un bleue similaire à celui du hoodie. Elle songea, qu'on aurait presque dit qu'ils étaient assortis, un peu comme un couple. Cette pensée fit naître une certaine nervosité au creux de son estomac. Elle avait des papillons dans le ventre. C'était agréable.

-Hum...merci beaucoup de m'avoir aidé. Je vous suis vraiment reconnaissante. S'il y a quoi que ce soit que je peux faire pour vous être utile.

Un léger blanc s'installa. Kyoko, les yeux fixés sur la pointe de ses chaussures devint écarlate. Pourquoi ne répondait-il pas ? Etait-il en colère ? En avait-il marre de ses jérémiades ? Incapable de comprendre ce qu'il clochait, elle se sentit brusquement honteuse.

-Je suis désolée si je vous importune. -répéta-t-elle.

Nouveau silence. Kyoko fronça les sourcils et releva la tête, prête à dire que, si elle l'embêtait, elle pouvait toujours s'en aller, mais c'est là qu'elle croisa son sourire et se tut. Le garçon avait une expression si gentille et avenante qu'elle balaya tout sentiment dérangeant et tout mal-être comme le vent emporte une meule de paille. La goupix remarqua aussi, la façon dont sa poitrine se soulevait de manière irrégulière, la sueur qui collait quelques mèches à son front et marquait sa tempe, luisante et battante et puis le teint bien trop pâle de son visage.

Il n'avait pas l'air bien du tout. Au contraire, il semblait malade et mal en point. Et malgré tout ça il me sourit et moi je ne me soucis de rien ? Quelle belle idiote ! La culpabilité envahit violemment le cœur de Kyoko et elle serra les poings jusqu'à ce que les jointures de ses phalanges en blanchissent. Elle avait été aussi égoïste que les autres à ne pas se soucier une seule seconde de l'état dans lequel pouvait être celui qui l'avait si bravement secouru.

-Vous n'avez pas l'air d'aller bien. -murmura-t-elle avec inquiétude.-

Elle se mit à fouiller dans le paquet de mouchoirs qu'il lui avait donné et en sortit un, tapotant le front du garçon sans attendre. Elle se concentra à essuyer chaque goutte, même légère qu'elle pouvait débusquer, faisant attention à ne pas frotter pour que le contact soit le plus doux possible contre la peau qui semblait sensible. Elle posa ensuite le paquet sur ses genoux et sortit une petite bouteille d'eau de son sac qu'elle déboucha et lui tendit même jusqu'aux lèvres, parce qu'elle craignait qu'il ne soit, en vérité, trop faible pour le faire lui-même.

-Tenez-buvez ! Ça va vous fera du bien... On devrait peut-être vous emmener à l'hôpital, vous ne pensez pas ? Voulez-vous que j'appelle un taxi pour vous ? Vous semblez avoir des difficultés à parler...- s'inquiéta-t-elle - Pouvez-vous respirer correctement ? M'entendez-vous ?




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MessageSujet: Re: Sur le chemin, je t'ai rencontré (Pv Maël)   Ven 24 Fév - 18:14

 

 
Sur le chemin, je t'ai rencontré
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Psyko, c'est la dernière capacité que tu as acquise. A l'orphelinat, il arrivait à ce que des livres soient rangés bien trop haut pour que tu puisses les attraper. Et un jour que tu priais pour que l'ouvrage désiré tombe de lui-même dans tes mains, il s'est mit à vibrer sur son étagère. Sur l'instant, tu n'as pas fait le lien entre ce phénomène et toi. L'établissement n'étant pas de première jeunesse, il n'était pas impossible que des petites bestioles aient élues domicile dans les hauts rayonnages des bibliothèques. Pourtant, cela se répéta plusieurs fois, et pas qu'avec des livres. Tu faisais vibrer les couverts, les oreillers, les fruits sur les arbres. Dès que tu désirais attraper quelque chose, ce phénomène avait lieu. Intrigué, tu avais finalement fait part de ton observation à ta tutrice, Hélène. C'est elle qui t'a apprit que tu commençais à développer tes pouvoirs psychiques. Si les Feunnec sont de type feu pur, ses évolutions obtiennent ensuite le type psy. Tu n'étais donc qu'aux prémisses de ton pouvoir, mais c'était suffisant pour toi. Quand tu es parvenu à faire venir un livre jusqu'à toi qu'à la force de ta pensée, tu as compris que cette faculté te serait très utile dans le futur. Tout ce qu'il t'était difficile d'atteindre venait d'eux-mêmes se loger au creux de tes mains. Ouvrages, vêtements, casseroles, nourritures : tout vient à toi dès que tu en as besoin.

Cependant, tu n'es habitué qu'à manipuler de petits objets d'un poids dépassant rarement cinq kilogrammes : cette charrette a représenté un véritable challenge pour toi. Si tu ne regrettes pas ton intervention, tu es bien décidé à entraîner ta force psychique sur des choses plus lourdes, histoire de ne pas finir en nage à chaque fois. Bien sûr, tu ne t'attends pas à arrêter des charrettes tous les jours mais c'est bien la preuve que ton pouvoir peut servir à autre chose qu'à faire léviter des livres sous tes yeux. C'est bien suffisant dans ta vie quotidienne mais autant être paré à toutes éventualités – et sait-on jamais, au laboratoire comme dans ton travail à mi-temps, ça ne peut pas être inutile. Tu n'es peut-être encore qu'un Feunnec mais tu sais que tu n'as pas encore atteint les limites de ton psychisme : si la veille on t'avais dit que tu étais capable d'arrêter une charrette en pleine course, tu ne l'aurais pas cru. Et pourtant, c'est bien ce que tu as fait. Tu t'es certes contenté de bloquer les roues, ça ne demande pas moins un effort considérable pour y parvenir. La preuve en est : jamais tu n'as eu aussi soif de toute ta vie. Même pas au sein de l'arène.

Enfin, ce n'est pas si grave. Tu as simplement besoin de quelques minutes de repos, histoire de reprendre tes esprits. Tu trouveras bien un endroit où acheter une bouteille d'eau une fois que la terre cessera de tourner autour de toi. Assise à tes côtés, la rouquine semble se remettre petit à petit de ses émotions. Ses lèvres s'agitent : tu essaies d'y lire, sans réel succès. De profil, ce n'est vraiment pas facile. La pauvre parle donc dans le vide – tu t'en veux un petit peu. Certes, ce n'est pas de ta faute mais il faudrait la prévenir, histoire qu'elle ne pense pas que tu sois malpoli. Cependant, bien que tu sois sourd depuis huit ans déjà, cela demeure difficile pour toi de l'avouer. Souvent, les gens se prennent de pitié pour toi et tu n'aimes pas vraiment ça. Ce n'est en effet pas facile à vivre mais ça aurait pu être pire, bien pire – tu pourrais encore être sous terre à lutter pour ta survie. D'autant plus que tu sais que cette situation n'est pas éternelle : dès que tu en auras les moyens, tu pourras te faire poser des implants et tu retrouveras l'audition. Pas totalement, cela va de soi, mais qu'importe : même si ce n'est qu'un petit peu, tu veux pouvoir entendre des mélodies au piano, des chants d'oiseaux et des rires chaleureux.

La jeune fille se tourne alors vers toi, l'air inquiet. Et alors que tu essaies de comprendre pourquoi, elle tire un mouchoir du paquet et vient doucement tapoter ton front avec. Elle chasse ainsi les quelques gouttes de transpiration restantes avec une douceur agréable. Tu sens tes pommettes s'embraser mais tu fais mine de rien – bien que tu sois très mauvais acteur. Ce geste te permets alors de comprendre sa mine soucieuse : si elle en vient à éponger ton front, c'est que tu dois vraiment avoir sale mine. Tu as tellement peu l'habitude que l'on puisse se faire du souci pour toi qu'il te faut parfois quelques minutes pour le comprendre. Pourtant, depuis huit ans maintenant, tu es entouré de personnes qui veillent sur toi. Tu devrais être capable de te rendre compte de ce genre de chose, désormais. Mais il faut croire que tu ne changeras jamais : dans l'ordre des priorités, les autres doivent toujours passer avant toi. Tu as suffisamment côtoyer la souffrance et le malheur pour relativiser et considérer qu'il serait malvenu de ta part de te plaindre de quoi que ce soit. Oui, tu es actuellement sur les rotules, mais la jeune fille a failli mourir. Ce qui est quand même bien plus grave, non ? C'est du moins ce que tu te dis, bien que tu ne sois pas totalement contre les petits gestes qu'elle a à ton égard.

La demoiselle troque alors le paquet de mouchoirs avec une bouteille d'eau, qu'elle tire de son sac. Aussitôt, elle la dévisse et approche le goulot de tes lèvres – pour peu, elle t'abreuverait d'elle-même. Mais tu n'es pas mal à ce point, alors tu la remercies en te saisissant de la bouteille. Si tu t'écoutais, tu la viderais aussitôt de l'intégralité de son contenu. Cependant, tu ne peux te résoudre à tout lui boire, alors tu te contentes de quelques gorgées. Si ces dernières suffisent à t'apaiser la gorge, tu as encore cette horrible sensation de soif. Tu fais pourtant de ton mieux pour l'ignorer et te hâte de reboucher la bouteille avant de céder à la tentation. Tu lui rends ainsi avec un petit sourire – à croire que tu ne sais faire que ça, sourire bêtement quelque soit la situation. Néanmoins, si tu as appris une chose depuis que tu vis à la surface, c'est qu'un sourire peut tout dire. Et qu'il est très facile de l'esquisser, que ce soit pour de vrai ou pour dissimuler quelque chose. Tu n'es pas un menteur, mais tu ne peux pas te permettre d'être égoïste. Alors ce que tu ressens vraiment, tu préfères souvent le garder pour toi. De toute façon, ce n'est pas comme si tu étais capable de te confier avec facilité. Tu n'es plus capable de d'entendre parler depuis huit ans déjà. Et après tant d'années, nous oublions beaucoup de chose …

Mais tu ne peux rester dans le silence plus longtemps. La jeune fille va vraiment finir par croire que tu ne veux pas lui parler – or, ce n'est vraiment pas le cas. Alors tu te tournes vers ton sac – que tu as déposé à côté de toi – et tu fouilles entre les livres et les cahiers pour mettre la main sur ta tablette. Lorsque tu repères enfin sa pochette noire, tu la saisis et ouvre le rabat. Une petite pression sur le bouton du milieu et l'écran s'illumine. Aussitôt, tu navigues parmi les pages jusqu'au raccourci d'un logiciel de traitement de texte. Dès que le document vierge s'ouvre, tu te hâtes de connecter l'appareil au petit clavier fixé sur le rabat de la pochette. Ce n'est qu'une fois le tout stabiliser sur tes genoux que tu commences à taper, sollicitant seulement deux doigts, comme à ton habitude – ce que beaucoup trouve vraiment bizarre. Mathis est capable de taper avec tous ses doigts, mais pas toi. Ca ne te rends pas plus lent pour autant : d'ailleurs, tu tapes tellement vite que tu laisses souvent des petites coquilles se glisser dans tes textes. Ce qui rend tes relectures très comique, par moment. Mais là n'est pas le propos. Il ne te faut que quelques secondes pour rédiger le petit texte que tu destines à la jeune fille. Et une fois sûr de ton écrit, tu déposes la tablette dans ses mains – non sans une nervosité apparente.

Je sais que tu me parles mais je suis désolé, je ne t'entends pas : je suis sourd des deux oreilles. Si tu veux me dire quelque chose, tu peux écrire à la suite ou alors, bien articuler pour que je puisse lire sur tes lèvres. A moins que tu ne connaisses le langage des signes ?

Et c'est en relisant furtivement par dessus son épaule que tu réalises que tu l'as tutoyé. Bravo Maël, que l'on t'attribue le prix Nobel de la politesse !

 

 


MAËL
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