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 Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]

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MessageSujet: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Sam 24 Oct - 19:40
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

Je regarde le papier entre mes doigts, vacillant au gré de l'air soulevé pendant que je marche dans les rues. Pour une fois, elles sont désertes ; je suis sorti un peu plus tard que prévu de l'école de musique, tout le monde est sans doute déjà attablé en famille. Primrose m'a retenu, pour me remettre cette brochure, épurée, professionnelle, et pourtant suffisamment colorée pour ne pas être trop intimidante. « Lavandia — concours tremplin, jeunes musiciens — à partir de 12 ans avec autorisation parentale — venez concourir pour votre passion ! » indique modestement le texte en Berty Script et Century Gothic. Il paraît que je suis doué au piano. Il paraît. Il paraît aussi, d'après papa, que j'ai hérité de l'esprit de compétition de la famille. Il paraît. Mais l'idée même d'être entouré de tant de monde, pour quelque chose qui n'est pas vraiment une passion, mais juste une prévention de maman pour s'assurer que j'ai l'esprit occupé et que je ne me fasse pas mal dés qu'elle a le dos tourné, ne me plaît pas. Maman dit que la musique est une façon comme une autre d'anéantir douleur et colère. Je ne sais pas.

Je soupire, et lève les yeux vers l'horloge que l'on voit à perte de vue dans la ville, au sommet de l'église qui surplombe tout. Midi passé, évidemment, bientôt treize heures. J'ai les crocs, mais pas un rond. Je n'avais pas prévu le coup, pas prévu que Primrose verrait en moi un pianiste suffisamment bon pour participer à un quelconque tremplin. Alors qu'il y a des dizaines d'autres élèves, passionnés eux, et réellement doués, du genre qui ont de l'or au bout des doigts, c'est à moi qu'elle a pensé. Pourquoi ? Mes doigts se sont légèrement serrés sur la feuille. Elle s'est froissée. Je renifle avec mépris, quelque part déçu de moi-même. Déçu de n'être pas foutu de savoir ce que je veux. Participer... C'est tentant. Et maman serait la plus heureuse au monde si elle apprenait que son fils aîné avait, Arceus merci, hérité de son côté mélomane. Je crois que je ne lui en parlerai même pas. Elle me forcera à participer, si elle sait. J'espère juste que Primrose ne se mettra pas à l'esprit de lui en toucher mot, un de ces jours où maman vient m'attendre à la sortie de l'école. Sinon, c'en est fini de moi et de mes espoirs de jours paisibles, sans affaires de compétition et de trop-plein de foule.

J'entends des cris d'enfants, et je me retourne. La rue est quasiment déserte. Il fait chaud, pour une journée d'automne, et pourtant il y a comme un frisson qui remonte le long de mon échine, malgré ma veste. Je fourre le prospectus dans ma poche, y enfonce mes mains après avoir correctement redressé mon sac sur mon épaule. Et puis, je me désintéresse de ces cris dont je ne distingue pas la provenance —au moins, ils ont l'air heureux et rieurs. Je reprends ma marche dans les allées, vers la sortie de Lavandia. Avec un peu de chance, d'ici que j'arrive à Cimetronelle, je croiserai un marchand itinérant qui acceptera de me vendre un petit quelque chose pour les cinq pauvres petits dollars qui traînent dans la poche arrière de mon pantalon. Je bifurque dans une rue à l'ombre de bâtiments aux balcons fleuris, et entre lesquels sont étendus de longues cordes permettant de faire sécher le linge sous la brise quotidienne. Je sais qu'il y a un distributeur de sucreries et autres barres de céréales dans le coin.

Le sol pavé résonne sous mes pas, et je m'y suis déjà bien engagé lorsque je remarque que je ne suis pas seul. Il y a un type, là, un peu plus loin. Dos à moi. Je sens quelque chose se fendre en moi. Quoi ? Il y a cette carrure, mince, digne d'un gringalet —comme moi ?—, et à peine plus grand peut-être que je ne le suis. Mais, surtout, il y a ces cheveux, verdoyants comme l'étaient —le sont ?— les siens, s'agitant au gré du vent et de ses mouvements, jamais coiffés, toujours sauvages et laissés libres à toute chose suspecte qui venait s'y glisser. Je hoquette. Non ? Je me crois figé, incapable de bouger, et pourtant une seconde après je m'élance vers lui, sans réfléchir. Mon sac me glisse de l'épaule, s'échoue sur les dalles du sol. Mes bras viennent d'eux-mêmes entourer le garçon, emprisonnant torse et bras dans un étau que je ne peux m'empêcher de serrer, de peur qu'il ne m'échappe. Mon visage, lui, est enfoui dans sa nuque, et je sens ses cheveux qui me chatouillent le front et les joues. « B-Belt ! Belt... » Et j'y crois. J'y crois.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Sam 31 Oct - 10:08
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

Daeren, je vais aller faire des courses. Tu as besoin de quelque chose ?

Pas de réponse. Nithral répète son appel, mais la voix de son ami ne lui parvient toujours pas en retour. Le jeune homme finit par sortir de la salle de bain ou il se trouvait, se frictionnant jusqu'alors les cheveux humides avec une serviette. C'était sa première douche en une semaine à crapahuter sur les routes et le Légendaire qui le suivait comme son ombre ne lui avait pas vraiment laissé le choix lorsqu'ils furent installés dans la petite auberge abordable qu'ils avaient trouvé sitôt arrivés à Lavandia. Le Centre Pokémon n'avait plus de chambres disponibles, aussi n'avaient-ils eu d'autres choix. Et sitôt après avoir payé l'aubergiste – Nithral pleurnicha quelque peu sur ses économies qui partaient en fumée, râlant comme quoi la vie était bien chère dans cette région – Daeren l'avait poussé doucement vers la salle de bain, prétextant que cela lui ferait le plus grand bien. Et force est de constater qu'il avait raison ; le dresseur se sentait revigoré après cette douche chaude. Lui qui puait la sueur et la terre il y a encore moins d'une heure de cela, les cheveux emmêlés et sales, était désormais propre et humait bon le savon aux agrumes.

Retournant dans la chambre, Nithral sourit d'un air attendri en découvrant son compagnon endormi en travers du lit, ses pieds dépassant du bout à cause de sa trop grande taille. Daeren semblait paisible, la bouche entrouverte et la respiration profonde. Le dresseur s'approcha doucement et le couvrit d'une couverture de peur qu'il ne prenne froid, ne pouvant s'empêcher de trouver son ami tout à fait adorable ainsi. Il devait être fatigué, cela se comprenait ils étaient sur les routes depuis longtemps et Daeren avait dû user de sa capacité Vol à plusieurs reprises, avec Nithral dans les bras qui plus est.

Le jeune homme se pencha et caressa un instant les cheveux du Légendaire. Il prit ensuite un papier et un crayon, griffonnant rapidement un mot à l'attention de ce dernier si jamais il se réveillait avant son retour. Daeren avait fait beaucoup de progrès en matière de lecture, des ouvrages complexes n'étaient certes pas encore totalement accessible pour lui, mais ceci il le comprendrait aisément. Nithral enfila ses mitaines pour cacher ses mains rendues disgracieuses par les cicatrices et les brûlures, s'assura qu'il avait suffisamment de monnaie sur lui et ouvrit la porte le plus délicatement possible pour ne pas réveiller le Lugia paisible.

Reposes-toi Dae', je reviens vite, chuchota-t-il à son partenaire endormi.

Il sortit, refermant le panneau de bois derrière lui. Nithral descendit l'escalier en laissant courir sa main sur la rambarde, saluant au passage l'aubergiste qui se trouvait derrière son comptoir et qui lui rendit un signe de main poli et chaleureux. Depuis leur confrontation avec Chronos dont le Stark gardait encore des cicatrices plus psychiques que physiques, il était devenu extrêmement méfiant. Il avait l'impression que chaque individu qui lui souriait lui voulait en réalité du mal et allait le ramener jusqu'entre les griffes d'Oswald. La simple vision de cet homme en son interne suffisait à le faire frissonner.

Peut-être avait-il fait une erreur en s'interposant entre lui et Daeren... non. Peu importe ce que leur réservait l'avenir, Nithral ne regrettait pas. En aucun cas, il ne laisserait son pokémon, son meilleur ami, devenir un vulgaire meurtrier et s'abaisser au même niveau que des individus comme les subordonnés de Chronos. Tant que Daeren serait sous sa responsabilité, il ne laisserait pas une chose si affreuse survenir. Nithral avait suffisamment de sang sur les mains pour qu'ils n'aient besoin d'en ajouter de son avis.

Marchant les mains dans les poches, le jeune homme se détendit progressivement. Les allées étaient désertes et humaient bon le parfum des fleurs. Tout était paisible. Hoenn lui apparaissait déjà bien plus accueillante que le souvenir cuisant que lui avait laissé Unys et qu'ils avaient dû quitter précipitamment. Ici, peut-être pourraient-ils enfin se reposer et prendre le temps d'explorer cette région dont Nithral ignorait tout. Peut-être rencontreraient-ils de nouveaux pokémon, qui sait ? Et l'enfant se surprit à espérer. Il s'était pourtant persuader après la mort que Kayla qu'il valait mieux pour lui ne plus se lier avec des pokémons, mais Daeren était survenu dans sa vie, chamboulant ses craintes. Le kantonien redressa quelque peu la tête. Il ignorait totalement quelque direction prendre, mais qu'importe, il se laissait guider par son instinct, choisissant une rue plutôt qu'une autre sur simple estimation de son ensoleillement ou de l'attraction architecturale qu'exerçait les balcons sur sa personne.

Et soudain le silence se brise, sa solitude paisible est brisée, d'un seul coup, alors qu'une présence inconnu pénètre dans sa bulle personnelle. Il n'a pas eu le temps de réagir, il ne l'a pas senti venir, trop perdu dans ses pensées. Si c'est un ennemi, je suis mort. Si c'est un membre de Chronos, je... Il doit se défendre. Il doit se protéger. Pour Daeren, pour lui. Avant qu'il ne se rende compte réellement de ce qui se passe, les mains de Nithral se referment déjà sur sur poignard, toujours accroché à sa ceinture, bien caché dans sa gaine. Sa respiration est vacillante, haletante.

Et puis il réalise. Les bras de l'autre se referment sur lui. Par pour l'étrangler, pas pour lui faire du mal. Il... l'étreint ? Son visage s'enfouit dans sa nuque et Nithral sent son souffle chaud chatouiller son épiderme. L'autre prononcer un mot, non, un prénom réalise-t-il. Mais ce n'est pas le sien. Nithral reprends pied avec la réalité.

Je... Je ne suis pas... Pardon, je crois que je ne suis pas la personne que vous espérez... souffle-t-il, le cœur battant encore à tout rompre.

Il réalise alors qu'il tient toujours le poignard. J'avais vraiment l'intention de... ? Il lâche l'arme comme si elle le brûlait soudain, appeuré par sa propre personne, parce qu'il aurait potentiellement pu faire. Le poignard rebondit sur les pavés dans un cliquetis métallisé.
Kayla, qu'est-ce que je suis en train de devenir?
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Sam 31 Oct - 13:52
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

C'est trop beau. Trop beau pour être vrai. Mais alors pourquoi j'y crois ? Pourquoi mon cœur tambourine dans ma poitrine ? Pourquoi mes yeux me piquent ? Pourquoi j'ai le vertige ? Quand mes parents m'ont envoyé consulter, ce type m'a dit que c'était difficile de faire son deuil si l'on se sent responsable. Et on se sent toujours responsable quand la mort s'invite auprès de ceux que l'on aime. Il me l'a dit... Il m'a dit que je verrai les fantômes du passé, que je l'entendrai parler, que je nous reverrai ensemble, tous les deux. Mais ce sont des illusions, m'avait-il affirmé. Des illusions qui blessent. Des lames tranchantes qui entaillent les chairs. Mais j'y crois, j'y crois parce que je ne veux pas que le mirage se ternisse, se dissipe. Belt est là, Belt est là. C'est impossible. Ça ne peut pas être vrai. Et pourtant je ne veux pas me dire que j'ai halluciné, que j'ai confondu, que je me suis bercé de faux avant de chercher à comprendre. J'ai peur de la chute. C'est un gouffre sans fond depuis qu'il n'est plus là, c'est savoir que je tombe, me prendre des coups contre les parois abruptes sans jamais trouver de prise ou m'accrocher. Et ça fait mal, putain. La vérité fait mal, les mensonges préservent. L'honneur, l'étiquette voudraient me voir préférer ce qui blesse, mais je ne suis qu'un lâche. Un putain de lâche, qui veut juste qu'on lui mente pour lui mettre du baume au cœur.

« Je... Je ne suis pas... Pardon, je crois que je ne suis pas la personne que vous espérez... » Je me fige. Mortifié. Il n'est pas celui que j'espérais. Il n'est pas... Il n'est pas Belt. Mon étreinte se resserre légèrement. Je tremble. Je sens que je vais perdre pied. J'y ai cru. J'y ai vraiment cru. Alors que je sais... Je sais... Je sais qu'il ne reviendra pas. On ne ment pas sur la mort. Je crois ? T'es con, Rhap ; t'es tellement con. J'entends un tintement métallique qui me surprend. Je vois l'éclat d'une lame qui luit sous le soleil. Je déglutis, le relâche et recule aussitôt. Il était armé. Un pas, deux pas, trois en arrière. Mon dos entre en collision avec le mur derrière moi. Et j'observe cet inconnu, sans vraiment le voir, et pourtant je distingue tout ce qui le différencie de Belt. Il était un peu plus en chair, plus grand que moi, il aimait porter ses cheveux un peu plus long, et il ne s'habillait pas comme ça. Il ne puait pas l'humain, non plus. J'écarquille les yeux. Un humain ? Je frissonne. Je le sais, pourtant, qu'il y en a même à Hoenn. Mais il n'a pas... la dégaine d'un humain, avec ses cheveux. Belt. Belt avait les mêmes. Belt n'était pas humain. Belt était un Vivaldaim. C'était une illusion. Ce type dans son cabinet avait raison, et je le maudis de n'avoir pas eu tort. Je ne l'ai jamais aimé, de toute façon. Je l'aurais voulu incompétent —ça n'aurait rien changé.

J'aimerais fuir. Quelque chose me retient ici. Peut-être juste cette sensation que je vais m'écrouler si j'esquisse un seul geste pour m'écarter du mur. Je lève la tête. Je vois du linge blanc qui s'agite au gré du vent, des oiseaux tout là-haut ; il y a dans l'air une odeur sauvage, fleurie, que j'adore ici, à Hoenn. La seule fois où j'ai quitté ma région, je n'en ai retenu que la peur et l'odeur du sang, de la sueur, de l'urine, des égouts ; l'obscurité et tout ce qui me file encore la nausée. J'ai peur. Peur des hommes et de leur folie. Mais lui, il en face de moi. Il n'a pas... S'il avait voulu me tuer, il l'aurait fait. Il a lâché son arme. Il ne la ramasse pas. Je n'approche pas. J'ai tenu un poignard, une fois ; mais je n'ai jamais blessé avec. Je n'aurais pas pu. Je suis incapable de tuer. Ce qui peut ôter la vie m'effraie. La vie qui s'échappe m'effraie aussi. Le sang... Je frissonne, chasse mes pensées dans un coin sombre de mon esprit, avant qu'elles ne parviennent à me filer la nausée. « Je suis... désolé. Je vous ai pris pour... quelqu'un... qui n'est plus là. » Je hoquette — les trois derniers mots m'ont échappés, sans que je ne parvienne à les retenir. Je secoue la tête, lève les mains, les agite dans de vagues mouvements inachevés, comme pour effacer ce que je viens de dire. Mais les mots sont gravés dans le marbre. « C'est sans importance... »

Et puis, je réalise. Lui aussi a l'air... l'air... perdu ? Hagard ? Quelque chose comme ça. Perturbé ? Choqué peut-être. Il me fait un peu de peine, je sens quelque chose qui se serre et se tord dans mon bide. Je ne sais même pas d'où ça vient. C'est un humain, bordel. Un putain d'humain. Mais Primrose aussi en est une, d'humaine. Je regarde à l'autre bout de la rue, là d'où je viens. Je pourrais m'en aller, le laisser là. Je pourrais... Mais je repose les yeux sur le type à la tignasse estivale, et je sais que je ne peux pas vraiment. Tout doucement, je m'avance vers lui —mes mains frémissent encore. Je ne le regarde que par à-coups, je suis obnubilé par le poignard gisant au sol —a-t-il déjà fait couler le sang ? Je n'ose pas le toucher, me baisser pour le ramasser et le lui tendre. J'ai trop peur de me saisir d'une arme qui blessé. Qui a tué, peut-être, aussi. Je me tiens à distance respectable, un peu inquiet. Mais pour qui, pour quoi ? « Vous... allez bien ? Vous êtes blanc comme un linge... » C'est toi qui dis ça, Rhap ? D'un geste de la main, je désigne les marches d'un perron, à trois pas de là. « Vous devriez vous asseoir un peu. » Je ne sais pas ce qu'il revient de faire dans ces cas-là. Alors je ne bouge pas. J'ai l'impression que c'est moi qui l'ai mis dans cet état. Je me sens responsable, encore. Et c'est peut-être pour ça que je ne parviens pas à m'en aller. On se sent toujours responsable, toujours responsable, ça minaude dans ma tête. Putain.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Sam 31 Oct - 19:17
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

D'abord il s'accroche plus fort, ses doigts s'enfoncent sur son torse, dans la chaire maigre de se poitrine et les replis de son haut, comme si le lâchait équivalait à perdre pied. Comme si cette étreinte à l'arrière goût de désespoir pouvait le sauver. Nithral n'ose plus bouger, le cœur battant à tout rompre comme un cheval lancé dans un galop furieux. Il ne sait pas ce qu'il doit faire. Il n'est pas Belt. Mais il ne peut se résoudre à repousser l'enfant – car s'en est un, n'est-ce pas ? Il semble un peu plus petit, plus jeune, plus émotif que lui. Il n'en a pas besoin finalement. Car l'autre voit le couteau qui tombe au sol, entends son tintement métallique. Il prends peur. Nithral aussi. Non, non. Il ne voulait pas. Pourquoi il a encore cette chose avec lui après tout ? Il a l'impression que le sang aux teintes violacées de l'Abo se trouve encore dessus en regardant le soleil se refléter sur la lame. Mais ce n'est que son imagination. Il n'y a rien.

L'enfant le lâche, recule. Nithral se tourne vers lui, déglutissant, n'osant faire un geste. Il a l'impression que s'il bouge, s'il ne respire ne serait-ce que trop fort, l'autre va s'enfuir, tel une biche effarouchée. Il ne veut pas. Il ne voulait pas lui faire peur. C'est la première fois qu'il fait cet effet à quelqu'un, qu'il voit la crainte dans le regard de celui qui l'observe. C'est désagréable. Il n'a pas l'habitude. Est-ce à cause du couteau, est-ce parce qu'il est humain ? Hoenn est une région ou les représentants du genre humain se font discrets et rares après tout. Nithral ravale sa salive, ne sachant quoi dire, n'osant regarder dans les yeux le garçon. Il a l'air si perdu, si... comme lui, un peu. Il voudrait que Daeren soit là. Lui sait apaiser les cœurs, tranquilliser les esprits et rassurer les enfants. Il a ce pouvoir en lui, c'est ce qui rend le Lugia si brillant et attirant, comme un doux rayon de soleil sous lequel on veut se presser pour ressentir sa chaleur.

Sa tête, doucement, se redresse à l'entente des paroles du jeune garçon. Quelqu'un qui n'est plus là... lui aussi, il a perdu un proche ? Sans doute. Cette personne devait être importante pour qu'il réagisse ainsi. Kayla... il se mordit l'intérieur de la joue. Il connaissait que trop bien la douleur de voir partout quelqu'un dont on savait pourtant que c'était impossible. Lui aussi, au début, il avait crû la voir. Au détour d'une ruelle, il lui semblait apercevoir sa chevelure flamboyante, mais ce n'était en fait qu'un rideau s'envolant par une fenêtre, balancé par le vent. Ou bien lorsqu'il entendait un dresseur nommer des attaques de type feu, lorsqu'il voyait de loin des jeunes filles, il ne pouvait à chaque fois de la chercher du regard parmi le groupe d'individus, en vain, il le savait pourtant. Les morts ne reviennent pas ; ils deviennent poussière et hantent les esprits, c'est tout. Le regard de Nithral se ramollit.  

Je suis désolé de t'avoir donné un espoir... c'est toujours ça, le plus douloureux.

C'est étrange. Il ne parlait jamais de Kayla à quiconque. Hormis Daeren et son ami johtonien Kylian, évidemment. Ils étaient les seuls avec qui le dresseur se sentait assez à l'aise pour aborder le sujet. Il tâtonne sa poche par réflexe, cherchant le renflement rond familier. Mais non c'est vrai. Elle n'est plus là. Il s'en souvient, Oswald l'a détruit. Il n'a même pas pu l'emmener dans le désert Délassant. Il n'a même pas tenu sa promesse, jusqu'au bout, il l'aura trahit et déçu. Pardonnes-moi Kayla, tu méritais mieux.

Il se sent vaciller. La sueur coule le long de ses tempes et Nithral se frappa le coin de l'oeil du bout de deux doigts pour se forcer à rester concentrer. Il n'avait plus le droit à l'erreur, il ne devait jamais baisser sa garde. Chronos pouvait être n'importe où. Le danger l'entourait, constamment, la crainte de se faire prendre l'étouffait et le poursuivait tel un manteau de plombs alourdissant ses pas. Son regard tombe sur le couteau. Il entends l'autre, l'enfant. Il est toujours là. Pourquoi il reste ? Il ne sait pas, mais dans un sens, cela lui fait plaisir. Un peu.
Nithral hoche la tête et sourit, faiblement. Pâle hein ? Il ne doute pas l'être en effet. Daeren... il voulait retourner auprès de lui. Mais il avait encore des courses à faire. Et puis le Lugia avait besoin de se reposer et il n'était même pas certain d'être capable de faire le chemin jusqu'à l'auberge en sens inverse.

O...Oui sans doute. Il faut juste que je...

Il se baisse pour ramasser le grossier couteau de chasse, s'accroupissant. Mais ses doigts tremblent et l'arme lui échappe de nouveau, retombant au sol. Nithral se mords les lèvres. Ne tremble pas, n'ai pas peur. Mais il ne parvient à s'en empêcher. Les choses se mélange dans son esprit. Kayla, l'Abo, Daeren, Oswald... Le dresseur ravale sa salive. Sa vision se trouble un peu.

En fait, je devrai peut-être le jeter. Je ne sais même pas pourquoi je l'ai gardé... souffle-t-il, se parlant plus à lui-même qu'au garçon. Il se tourne vers lui, levant un regard peiné et humide sur sa personne alors qu'il est toujours agenouillé. Comme un chevalier prêtant serment de fidélité et de protection à son Roi. Pardonnes-moi. Tout à l'heure je... je n'avais certainement pas l'intention de retourner cette arme contre toi. Jamais je n'oserai... mais ces derniers temps j'ai l'impression que je perds pied, de plus en plus.

Il vit dans la crainte de voir Daeren se faire de nouveau arraché à lui, de le mettre une fois de plus en danger. Il tremble à l'idée qu'Oswald ne le trouve et revienne le chercher. Il a peur, constamment, et c'est épuisant d'être sur ses gardes, perpétuellement. Mais il ne peut pas se relâcher, pas encore. Il doit protéger Daeren. Il est le dresseur, c'est à lui de prendre soin de son ami. C'est à lui d'être fort.
Oui, mais comment être fort, comment protéger quand on a le sang d'autrui sur les mains ?
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Dim 1 Nov - 21:29
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

Espoir. C'est toujours ça, le plus douloureux. Le plus douloureux. Ô combien ça l'est. Ô combien j'ai pu espérer, au détour d'une allée à Cimetronelle, le voir courir, pieds nus dans la terre meuble ou sur les ponts ; ô combien de fois j'ai cru discerner sa silhouette, par delà la fenêtre de sa chambre, dés que je passais près de sa maison. Aujourd'hui, je n'y passe plus, je l'évite, parce que j'ai compris qu'il n'y a plus rien sinon son fantôme. Celui de son frère, aussi. De plus en plus, leur parents songent à vendre, à partir. Ça fait quatre ans, et je sais qu'ils crèvent d'être ici, comme moi j'en crève aussi. C'est quelque chose de difficile, je crois. Partir. Renoncer, s'enfuir, tourner le dos parce que l'on n'a plus la force de regarder en face mais qu'on refuse de baisser la tête. Ce que je fais constamment. Baisser la tête, pour ne pas voir tout le reste. Pour cesser d'espérer. Je serre les poings, et je prends une profonde inspiration. Rien ne sert de ressasser le passé, qu'ils disent. Mais comment... comment oublier ? Il était là, il était là, et je l'ai laissé. Je n'ai pas insisté pour qu'il sorte, pour qu'il vienne avec nous dehors. Je l'ai laissé, alors que, peut-être, ô Dieu, peut-être, j'aurais pu le sauver. Je ne le saurai jamais. Et c'est ça, le pire, je crois. Ne pas savoir.

Il sourit, le type en face, celui qui m'a, l'espace d'un instant, tellement rappelé Belt. Il sourit, mais c'est un sourire cassé, brisé, qui a du mal à exister. Je frissonne ; il me fiche froid dans le dos. C'est comme si je faisais face à un précipice, et que, si j'avais le malheur d'esquisser le moindre geste, ce serait me condamner à une chute mortelle. Je n'ai pas peur du vide, pourtant. Mais j'ai peur de ce gouffre qui vit à l'intérieur de ceux que la souffrance d'avoir trop aimé, d'avoir trop voulu et d'avoir trop perdu a tués. C'est l'impression qu'il me donne. Il a le regard de ceux qui ont vu leur lumière s'éteindre sans pouvoir la retenir au creux de leurs mains, au creux d'eux-mêmes. Ça fait écho en moi, et c'est douloureux comme jamais. Ça fait mal au fond, de rencontrer quelqu'un qui a l'air semblable à soi. Ça fait mal, au fond, de se dire que d'autres souffrent à en crever, d'une douleur que l'on ne souhaite à personne. « C'est sans importance... » je répète. C'est un murmure, un murmure tellement faible que je ne suis pas certain qu'il ait pu l'entendre. Je crois que c'était plus pour moi que pour lui, mais je ne sais même pas pourquoi.

Il se baisse pour récupérer son bien, mais l'arme lui échappe encore des mains. Comme si... comme s'il ne devait plus la toucher ; comme s'il ne pouvait plus la toucher. Je suis comme hypnotisé par le reflet qui s'agite, et puis s'immobilise. Il parle. Il parle mais je n'écoute pas vraiment, jusqu'à sentir son regard qui pèse sur moi. Et je lève les yeux, même s'ils ne cessent de revenir sur cette lame capable d'ôter la vie, maniée avec de mauvaises intentions. Ou même involontairement. Je déglutis. Pense pas, Rhap, pense pas. « Pardonnes-moi. Tout à l'heure je... je n'avais certainement pas l'intention de retourner cette arme contre toi. Jamais je n'oserai... mais ces derniers temps j'ai l'impression que je perds pied, de plus en plus. » Je retiens un hoquet ; j'ai cru m'entendre. Je perds pied. Combien de fois l'ai-je pensé, l'ai-je dit, l'ai-je senti ? Lentement, je m'accroupis à ses côtés, et je tends la main vers son épaule, hésite. Ai-je le droit ? Je l'y pose, l'espace d'une seconde, et puis la retire, tout aussi vite. Ce contact était comme brûlant ; je n'ai pas aimé. Je n'ai jamais été tactile, jamais été doué pour réconforter. Pas la meilleure oreille, ni la meilleure épaule. Tu sers à quoi, alors, Rhap ? Allez savoir. « Je sais ce que c'est... Je suis désolé... » Je ne suis pas capable de plus.

Tout doucement, et comme si elle risquait de me mordre, je me saisis de la lame luisante. Je prends soin de ne pas me blesser avec, et j'en tends la garde à l'homme en face de moi. « C'est moche à dire, mais j'crois que dans un monde comme c'lui-là, on a besoin d'être protégé... Ce... Cette arme pourrait servir... » Je dis ça, mais si c'était tuer ou mourir, je crois que je serais encore incapable d'ôter la vie de mes propres mains. Je me relève, et je jette un regard aux distributeurs de boisson, un peu plus loin, qui me narguent impertinemment, moi et mes trois petites pièces de fond de poche. « Pose-toi sur les marches, là, j'reviens. » J'indique le perron derrière lui, et puis je m'en vais récupérer mon sac abandonné dans l'allée, pour en tirer l'argent qu'il me reste. L'instant d'après, je glisse les quelques ronds dans la machine, et elle laisse tomber deux petites canettes fraîches. Je rejoins l'inconnu, je m'assois sur la marche. Pas trop près de lui, mais pas trop loin non plus. T'es pas seul, mec. Je ne le dirai pas. Mais c'est vrai, il n'est pas seul ; je n'ai pas envie de partir et de l'abandonner à son sort, de l'abandonner à sa douleur qui ne m'échappe pas.

Je lui tends l'une des canettes, et j'ouvre l'autre pour en boire une gorgée. C'est histoire qu'il ne s'évanouisse pas devant moi —parce que putain, il avait vraiment l'air d'en être à deux doigts. Mais je crois que ça me fait du bien aussi, de me poser un peu. « J'espère que t'étais pas pressé. J'comptais pas te retarder. » Je me rends compte à cet instant que j'ai laissé tomber le vouvoiement. Comme s'il y avait eu un déclic, comme si ses mots, cette compréhension que j'avais finalement devinée chez lui avait eu raison de cette soumission inconsciente dont je faisais preuve. Nous sommes tous les mêmes, face à la mort. Je m'amuse à appuyer sur un côté de ma canette, elle se tord et puis reprend sa forme originelle, dans un petit cliquètement ténu, régulier, qui m'apaise et me fascine d'une certaine façon. « Sinon, moi c'est... Flynn. » Légère hésitation. Mais c'est un humain. Il en a l'odeur. Je ne peux pas prendre de risques inutiles. Ce serait trop con. « Et toi ? » Je penche la tête, j'esquisse un sourire. Je ne sais pas s'il est vrai ou s'il ne l'est pas, celui-là.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Sam 7 Nov - 17:32
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
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Au fond, pourquoi il l'avait de base ce couteau ? Ah si. C'était sa sœur qui lui avait offert. Dorothy, sa tendre, sa précieuse. Comme la Miaouss lui manquait. Le temps où ils étaient tous deux des enfants innocents lui semblait si loin désormais. Nithral avait l'impression d'avoir vieilli de dix ans en l'espace de quelques semaines seulement. Les récents événements avec Chronos surtout, l'avaient propulsé dans un univers dont jusqu'à présent il entendait parler de loin via les informations. Il n'aurait jamais crû que lui, pauvre petit dresseur sans histoire venu du fond de sa Kanto natale, se retrouverait à devenir la cible d'une des plus grosses organisations criminelles de ce monde et aurait même un face-à-face avec le chef de celle-ci. Il frisonne un peu. Le souvenir d'Oswald le hantait toujours, ne voulant le lâcher. Il était parvenu à s'arracher aux griffes du fantôme de Kayla, pour mieux le remplacer en fin de compte.

Il s'égare. C'est souvent ces derniers temps. Le regard de Nithral agrippe de nouveau le couteau, sans qu'il ne le touche pour autant. Dorothy l'avait acheté pour fêter l'obtention de son diplôme de dresseur, avec ses petites économies -et l'aide des parents tout de même. Et cette lame, offerte par sa cadette, avait été retourné contre d'autres êtres vivants ; pire, elle avait ôté la vie. Jamais il ne pourrait avouer une chose pareille à sa famille. Jamais il n'avouerait à ses parents que leur précieux fils est un vulgaire meurtrier.

Un contact. Fugace, hésitant, mais bien réel. Suffisant pour le ramener, pour le raccrocher à la réalité. Nithral leva les yeux vers le jeune garçon, qui venait de poser sa main sur son épaule. Les lèvres du dresseur s'étirent dans un sourire doux et sincère alors que son regard se ramolli et se détends.

Merci... J'imagine que pour toi aussi les choses ne sont pas simples.

Tu as le même regard que moi, se retient-il d'ajouter. Et bizarrement, il se sent plus proche en cet instant de cet enfant que de n'importe qui d'autre. Cela ne dura qu'une poignée de secondes, mais ce fut suffisant pour que Nithral le considère avec d'avantage d'attention. Ses yeux se baissent sur l'arme que lui tends le garçon. Il hésite, mais fini par tendre la main pour l'attraper. Le contact avec le manche du couteau l'électrise, mais il serre les doigts et tient bon. Il hoche la tête et fini par glisser de nouveau l'arme blanche dans sa gaine, à sa ceinture. Oui. Il avait fait le serment de protéger Daeren après tout. Il avait découvert qu'il n'était pas totalement inutile, qu'il était capable de plus qu'il ne l'aurait imaginé. Il s'était dressé devant l'adversité. C'était tout nouveau pour lui, mais Nithral avait finalement comprit que la force, ce n'était pas forcément connaître les plus puissantes attaques ou avoir un meilleur flingue. Non. La force, c'était la capacité de faire face à ses peurs et de combattre même les choses qui nous paralyse.

Il s'assoit ensuite sur les marches, attendant le retour du plus jeune. Quelques minutes plus tard, une canette entre dans son champ de vision. Il la prends, hésitant, se demandant presque s'il avait vraiment le droit. Finalement il esquisse un sourire en coin.

Ah, merci. tu te répètes mon vieux. Non j'étais juste parti faire quelques courses mais je me suis perdu... On vient d'arriver alors je connais pas du tout le coin en fait, explique-t-il.

Il prends une gorgée et bon sang c'est vrai que ça fait du bien. Son regard croise celui du gamin. Il doit être à peine plus jeune que lui en fait.

Enchanté alors, Flynn. Moi c'est Nithral, je suis dresseur.

Il réalise après coup que sa profession n'étant guère apprécié dans la région, il risque d’apeurer de nouveau le plus jeune. Ce n'était pas son but, alors qu'ils commençaient juste à parler qui plus est. Le Stark lève donc ses mains en signe de paix.

Ah, mais ne t'inquiètes pas ! J'aggrave sans doute mon cas en disant cela, mais je n'ai vraiment pas l'intention de te faire quoique ce soit. Enfin, je suppose que tu es un pokémon ?

Outre le fait qu'ils étaient à Hoenn, il était tout de même fils et frère d'hybride. Il savait reconnaître généralement ces derniers, qui se distinguaient de l'humain par quelques subtilités. Les réactions sauvageonnes du garçon, sa manière de 'renifler' semble-t-il son odeur pour le juger et surtout ses yeux si particuliers... tout cela le laissait croire qu'il avait une créature hybride sous les yeux. Nithral sourit doucement, se détendant peu à peu, ses moues plus sincères désormais. Il se sentait à l'aise avec Flynn. Ses méfiances naturelles se dissipent pour laisser place à la curiosité, l'envie d'en savoir un peu plus sur cet enfant qui lui ressemblait tant, qui semblait avoir vécu des choses suffisamment similaires pour comprendre parfaitement ses états d'âmes. De toutes manières, il avait plus peur des humains que des pokémons. Ironique non ? Effrayé et traumatisé par sa propre espèce. Mais de par les origines respectives de ses parents, Nithral ne s'était jamais vraiment considéré totalement Homme. Un espèce d'entre-deux, ni pokémon ni humain. Sa tolérance venait peut-être de là. Son impression d'être perdu de ne pas savoir qui il est vraiment aussi. De n'avoir sa place nul part.

Soupir. Il reprend une gorgée, serre un peu la canette entre ses doigts. Ses brûlures le démangent un peu, mais il n'ose pas retirer ses mitaines. Peu de gens ont déjà vu ses cicatrices. Encore une chose qu'il préfère cacher, qu'il n'assume pas. T'es vraiment un lâche Nithral, tu sais. Oui.

J'aurais aimé naître hybride, moi aussi. Mais c'était cinquante-cinquante et j'ai pris les gènes humains de mon père au final.

Il parle, ne sait pas bien pourquoi il lui dit tout cela. De toutes manières, c'est un inconnu -ou justement pas tant que cela par leurs ressemblances. Et Nithral sait, il sent au profond de lui-même, que Flynn ne lui fera pas de mal. Il en est convaincu.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Dim 8 Nov - 18:42
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
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Pas simples. Pas simples, et c'est un euphémisme pour parler de ce qui bouillonne là-dedans, dans le creux de ma poitrine, dans le creux de mon estomac. On n'est pas prêt, à douze, treize ans, à affronter la mort de quelqu'un que l'on aime. On n'est jamais prêt, en vérité. La faucheuse arrache les êtres chers à ceux qui les ont au cœur, c'est la roulette russe et c'est à qui s'éteindra en premier, stoppé en plein rêve, ailes brûlés, yeux vitreux, souffle inachevé demeuré en suspens à tout jamais. J'ai souvent eu l'image flottante d'un Belt, assis sur son lit, canon sur la tempe. Qu'est-ce que c'a été, pour ses parents, d'entendre le coup de feu dans la pièce d'à-côté ? Qu'est-ce que c'a été, pour eux, de découvrir leur fils, parti sans un dernier au revoir et sans retour en arrière possible ? Est-ce que sa main a tremblé ? Est-ce que son doigt a ripé ? Je me suis souvent demandé. Je me suis souvent dit, aussi, qu'il serait peut-être vivant si son frère n'avait pas laissé cette arme à portée de son cadet, s'il n'avait pas traîné dans ces affaires glauques qui lui ont finalement coûté la vie. Je crois que je lui en veux, un peu. Beaucoup. S'il fallait un responsable à la mort de Belt, je crois que ce serait lui ; ce frère qui a failli aux engagements que lui obligeaient son titre d'aîné. J'y ai failli aussi, au fond. Peut-être bien que je ne vaux pas mieux que lui. Je frissonne. Oh, Soliste, pardon. Mais ce ne sera jamais suffisant.

« Enchanté alors, Flynn. Moi c'est Nithral, je suis dresseur. » Je me fige. Dresseur ? Je n'ai pas su retenir mon mouvement de recul, et ma canette a manqué s'échapper d'entre mes mains. Je l'ai retenue, mais un peu de son contenu a débordé. Elle goutte, et si je n'épargne pas mes mains, je sais au moins éviter le désastre à mes vêtements. Du coin de l’œil, je vois l'humain qui s'agite, reprend la parole. Comme pour se rattraper. « Ah, mais ne t'inquiètes pas ! J'aggrave sans doute mon cas en disant cela, mais je n'ai vraiment pas l'intention de te faire quoique ce soit. Enfin, je suppose que tu es un pokémon ? » Je lève les yeux vers lui, le regard sans doute plus dur qu'auparavant. Je suis tendu en vérité, et je ne sais pas ce qu'il convient de dire. Je ne suis plus en sécurité à Hoenn, depuis bien longtemps, et même si je cherche à le croire. Même cette région si sauvage qui représente tout ce que j'aime n'est plus un lieu sûr. Et il y a ces prunelles améthystes, cruelles, assurées, qui flottent sans cesse devant moi, comme pour me rappeler qu'un jour, il viendra me chercher, me trouver, d'une façon ou d'une autre. Il saura me briser, s'emparer de moi pour satisfaire cet autre type, le blond, celui dont les yeux ont la couleur du sang ; ce sang que je ne veux plus voir. Je baisse la tête, dissimule mon propre regard derrière mes mèches sombres et mal peignées. « J'en suis bien un... »

Il y a un léger silence, pendant lequel je m'autorise à boire un peu. Je ne me sens pas véritablement en danger avec lui ; j'aurais pu partir à l'instant même où je l'ai deviné humain, si je m'étais senti menacé. Mais ce n'est pas le cas. Parce qu'il y a quelque chose de différent, en lui. Ou c'est juste parce qu'il a connu la mort de quelqu'un qu'il aurait voulu éternel, lui aussi. Je ne sais pas. « J'aurais aimé naître hybride, moi aussi. Mais c'était cinquante-cinquante et j'ai pris les gènes humains de mon père au final. » Je penche la tête, de sorte à pouvoir le distinguer entre mes cheveux éparpillés sur mon front. Cinquante-cinquante. C'est peut-être ça, alors, aussi. Peut-être que je me sens plus proche de lui que d'autres humains parce qu'il a manqué ne pas l'être. Il aurait pu être un de mes pairs. Ça aussi, c'est la roulette russe. J'aurais pu naître Miaouss. Mais je suis né Evoli, je suis devenu Noctali, et je crois que je n'aurais pas voulu être autre chose que ça, en vérité. C'est ce à quoi j'étais destiné. J'aime ma condition, même si elle m'en a coûté —même si elle m'en coûtera peut-être à nouveau. « C'est... dangereux. D'être un hybride. Même ici... même à Hoenn. » Je soupire, me redresse pour regarder le ciel entre les toits des bâtiments fleuris. « Rien n'est plus sûr... Nulle part. » J'esquisse un sourire, mais je le devine factice et sans joie. « C'est flippant, en vrai. »

Je bois une nouvelle gorgée de ma canette, et puis je passe une main dans mes cheveux, pour les ramener un peu en arrière et libérer ma vue de ces obstacles. Coudes sur les genoux, j'agite le récipient métallique, je fixe le mouvement régulier, fascinant, distrayant. J'ai peur que le silence devienne gênant, mais je ne sais plus vraiment quoi dire. Pour autant, je n'ai pas envie de partir, pas envie de le laisser là. C'est comme si m'éloigner me ferait louper quelque chose ; et je ne veux pas. Alors, je me racle la gorge, avant de balancer dans le vide la première chose qui me passe par la tête, aussi stupide soit-elle : « En vrai, t'as un prénom hyper 'strange, tu sais ? J'suis même pas sûr de savoir le prononcer correctement. » Et puis je ris. C'est à peine audible, mais c'est bien réel. T'es tellement bien placé pour parler, Rhap. J'ai essayé de détendre l'atmosphère, de ne plus parler de ces dangers qui rôdent, partout, même dans ce que j'imaginais être un havre de paix que rien ni personne ne saurait défaire, corrompre ni souiller. Je secoue la tête, pour ne plus y songer. « Du coup, tu vis dans un coin posé ou t'es le genre dresseur qui parcourt le monde ? » Et puis, rien qu'une question de plus, curieuse, intéressée. « Elle est quoi, ta mère, comme Pokémon ? » Le pire ? C'est que ça paraît totalement absurde qu'il soit un humain, avec sa tignasse. Digne d'un Vivaldaim d'été.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Sam 14 Nov - 16:33
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
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Son mouvement de recul ne lui avait pas échappé. Evidemment. Il avait peur. Peur de l'humain qu'il était, du danger qu'il pouvait représenter. Ici plus qu'ailleurs encore, les membres de son espèce n'étaient pas spécialement bien vu. Nithral en était conscient. On lui avait dit de faire attention, de ne pas ébruiter sur tous les toits qu'il n'était pas un hybride. Heureusement, avec sa couleur de cheveux inhabituelle, on le prenait facilement pour un pokémon de type plante, par exemple. Cela l'aidait à se fondre dans la masse. Mais pas à se faire oublier, songea-t-il amèrement. Il était recherché désormais, par une organisation dangereuse qui plus est. Enfin, il supposait l'être. Oswald n'avait pas clairement dit qu'il le retrouverait, mais le chef de Chronos n'allait supposément pas laisser un gamin dans son genre se balader librement en connaissant son véritable visage ainsi que ceux de plusieurs de ses lieutenants. Nithral frisonne un peu, se frotte les avants-bras et bois une gorgée pour chasser ces pensées comme il le peut. Il a encore du mal à comprendre pourquoi le sort s'acharnait sur lui, pourquoi c'était un pauvre petit gars comme lui qui se retrouvait imbriquer dans ce genre d'histoires qui le dépassait pourtant totalement.

Mais les choses étaient arrivées désormais et ne pouvaient plus être défaites. C'était ainsi. Il fallait continuer à avancer, aller de l'avant. C'était toujours la même chose de toutes manières. Derrière le bord métallique de la canette qu'il mordillait un peu, Nithral relève légèrement l'extrémité de ses lèvres et son regard se ramollit. Au moins n'était-il pas seul. Il avait Daeren, son précieux, si précieux ami. Il était probablement le seul en qui il avait vraiment confiance désormais. Le seul qui ne le laisserait jamais, il le savait. L'humain tourne un peu la tête. Flynn est toujours là. Ses yeux sont plus durs, presque accusateurs. Il le juge, il cherche à savoir s'il doit se méfier ou non. Il lui en veut d'être humain. C'est normal. Nithral lui-même n'aime pas sa propre espèce, il en a peur et doit la fuir même. Cependant, malgré tout, il sourit au jeune hybride qui avoue ses origines à demi-mots. Il n'a pas fuit.

Il l'écoute, se retrouvant affreusement dans ces paroles. Il a l'impression de s'entendre penser. C'est flippant. Combien de fois là-t-il penser ? Combien de fois a-t-il mordu son sac de couchage pour retenir ses larmes, terrorisé ? Il ne sait plus, ne compte plus. Nithral a peur de ce monde qui est fou, il a l'impression de n'être à sa place nul part. Il ne sait plus qui il doit croire, qui il doit aider.

J'ai peur, déclare-t-il à voix basse, comme s'il révélait un terrible secret connu de personne. J'ai tout le temps peur tu sais. De ce monde. De ce que font les humains, les pokémons. Et plus que tout, j'ai peur de moi-même.

Il presse avec son pouce la canette, déformant l'aluminium, songeur. Pourquoi il lui dit tout cela ? Peut-être parce qu'il est à même de comprendre, parce qu'il ressent des choses similaires. Il lève un peu la tête, regarde le ciel et constate seulement à cet instant qu'il a oublié sa casquette. Elle doit être toujours à l'auberge, posée sans doute sur le lit ou bien à côté. Il se fustigea intérieurement pour cet oubli. Ses cheveux étaient trop reconnaissables et si ça le faisait passer pour un humain au regard des habitants de la région, cela le rendait également plus visible qu'un point lumineux dans la nuit pour les membres de Chronos. Il se mord la langue. Ne pas y penser... Aussi difficile que ce soit, il devait arrêter de vivre dans la terreur de se faire attraper à chaque instant, à chaque coin de rue. Ça le bouffait.

Mais... même si c'est flippant, y a des choses qui en valent la peine quand même.

Tout ça, tout ce qu'il avait traversé jusqu'à présent, n'avait pas été vain. Ne serait-ce que par respect pour la mémoire de Kayla, il n'avait pas le droit de penser cela. Elle l'aurait sûrement frappé à l'arrière du crâne si elle avait été là, le secouant pour lui dire de se reprendre.

Et soudain, la voix de Flynn. Le rire de Flynn. Et Nithral est tellement surpris de ce changement de ton, de cette remarque innocente et déviante, qu'il ne peut s'empêcher de s'esclaffer aussi. Et ça fait du bien putain. Il a l'impression de ne pas avoir rit depuis une éternité et peut être bien que c'est le cas. Mais c'est bon. Le dresseur rétorque, en retournant sa canette au-dessus de sa bouche pour recueillir les dernières gouttes ;

Plaints-toi à mes parents pour le prénom. Je sais pas ce qu'il leur est passé par la tête ce jour là, sérieux. Ça se prononce “Ni-fra-leuh”. Mais ma sœur m'appelle Nity, parce qu'elle arrivait jamais à le dire.

Il repose la canette par terre, à côté de lui. Nithral... c'est vrai que c'est un prénom bizarre. Il ne sait pas d'où ça vient en fait, il ne sait même pas si ça existe. Ce serait bien le genre de ses parents d'inventer complètement un prénom, juste pour l'originalité. Il se retourne vers Flynn, écoutant ses questions. Le changement de sujet lui fait du bien. Ça le distrait.

Non, je viens de Kanto. Ça fait... plus de trois ans que je suis parti maintenant. Il se frotte la nuque. Il réalisait seulement que tant de temps s'était écoulé depuis son départ. En fait je suis parti parce que je ne savais pas bien quoi faire d'autre. Je voulais juste... voyager, trouver peut-être un endroit ou je me sentirais bien et surtout.. surtout me faire des amis.

C'était ça, le grand but. Devenir dresseur, ce n'était pas pour la gloire ou autre. Non, il s'en fichait. Au début c'était simplement pour faire comme son meilleur ami. Et finalement, un jour il avait eut la révélation, en classe, pendant un cours sur le Pacte. Cette chose tellement forte et incompréhensible qui liait un dresseur à son pokémon au point de leur faire partager des émotions, de sentir la joie et les peines de l'autre. Cela résonna dans le cœur du jeune adolescent de l'époque. Lorsqu'il noua son pacte avec Kayla d'abord, puis ensuite Daeren, ce fut les expériences les plus incroyables de son existence. Même là, alors qu'il dormait à l'auberge, Nithral percevait la présence de Daeren, lointaine mais présente, pareille à la caresse un vent chaud, à ses côtés. Le Légendaire est paisible, signe qu'il est probablement toujours assoupi.

Pour le reste, il avait dix-huit ans. Il ne savait pas ce qu'il voulait faire de sa vie. Déjà, s'il pouvait ne pas mourir, cela lui paraissait pas mal. Nithral secoua un peu la tête, passant à la question suivante. La mention de sa génitrice le fait sourire intérieurement alors qu'il pense à elle, se figurant son image dans son esprit. Cela faisait trop longtemps qu'il ne l'avait vu et il se promit de bientôt repasser à la maison, peut-être prendre quelques vacances là-bas bien méritées même. Daeren serait sans doute content aussi.

Ma mère est une Persian. D'ailleurs ma sœur a pris ses gènes hybrides contrairement à moi. Il se tourne vers Flynn. Ok, à mon tour maintenant. T'es quoi comme pokémon ? Je dirais hm, un type Ténèbres à l'instinct. T'as quelque chose d'apaisant et d'angoissant à la fois, comme la nuit. Et t'es du coin du coup, tu as toujours vécu à Hoenn ?

On s’interroge, on se questionne. On apprends à se connaître. Parce que peut-être que quelque chose de beau et de fort peut naître de tout ça.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Mar 24 Nov - 19:57
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
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J’ai peur. J’ai peur. Je me suis souvent entendu le penser, trop pour que ce soit sain, et rarement le prononcer. C’est difficile, d’abattre cartes sur table, de dévoiler ses faiblesses, de les exprimer à voix haute et, de ce fait, de les rendre réelles. Tant qu’elles ne sont que dans la tête, ça reste quelque chose d’abstrait, de pas tout à fait dessiné, de pas tout à fait vrai. Mais, le jour où on les prononce, le jour où elles sont dites à voix hautes, elles se matérialisent, elles prennent forme, et c’est peut-être pire encore que de les étouffer. Ce type derrière son bureau me disait qu’avouer ce qui nous pesait sur le coeur permettait de l’alléger et d’avoir moins mal ; je ne sais pas s’il dit vrai. J’ai l’impression que rien n’a changé, même après qu’il m’ait forcé à dire le pire. « Mon meilleur ami est mort », un jour, et puis l’autre : « A cause de moi, ma soeur est entre les mains de pauvres types qui pourraient la buter de sang froid si l’envie leur en prend. » Ça ne m’a pas rendu les choses plus faciles. Mes terreurs se sont mises à vivre, à respirer au rythme de mon souffle, à battre au tempo de mon coeur. J’ai l’impression qu’elles sont devenues indissociables de mon être, et c’est tellement plus douloureux encore, depuis.

Alors, non, moi, je ne veux pas le dire. Je ne veux pas dire « j’ai peur », comme ça, de but en blanc, comme s’il s’agissait d’une chose facile à prononcer, ni facile à entendre. Je n’en ai pas la force, mais lui, à côté de moi, l’a. « J'ai peur. » J’ai frissonné tout entier en l’entendant. « J'ai tout le temps peur tu sais. De ce monde. De ce que font les humains, les pokémons. Et plus que tout, j'ai peur de moi-même. » Mes doigts se serrent sur la canette, elle finira par être incapable de reprendre sa forme initiale si je n’arrête pas. Mais c’est plus fort que moi. S’il savait, ô Arceus, s’il savait à quel point je peux le comprendre. A quel point je le comprends. A quel point j’ai peur de tout, à commencer des humains et de leur folie, à commencer par moi, aussi. Moi et cette affreuse sensation que j’ai, celle de traîner la poisse à chacun de mes pas. A croire que ceux que j’aime finissent toujours par payer un peu trop cher mon affection, sans que je ne le demande.

« Mais... même si c'est flippant, y a des choses qui en valent la peine quand même. » J’esquisse un sourire en coin. C’est sans doute vrai. Il y a des choses qui en valent la peine, qui valent le coup que l’on tombe parfois, s’écorche souvent et souffre tout autant. Il paraît que c’est ça, la vie. Se prendre des coups, et puis en donner en retour, morfler un peu, ramasser sévère, mais continuer d’avancer jusqu’au prochain point lumineux, petite accalmie avant de repartir à l’assaut des mers déchaînées. C’est presque un peu triste, dit comme ça. Mais c’est un peu l’impression que ça me fait. « C’est sans doute vrai... » Je crois qu’à trop souffrir, qu’à trop s’attarder sur les choses qui blessent et nous retiennent tels des boulets à la cheville, on oublie que regarder autour de soi, on oublie de se dire que ce n’est pas si terrible et qu’on respire encore, que c’est ça, l’important. J’ai oublié depuis longtemps.

Mon sourire ne disparaît pas, il s’accentue même, alors qu’il répète son prénom, en exagérant peut-être un peu la prononciation. J’essaie d’imaginer à quoi il ressemble, orthographié. Mais j’abandonne vite, je hausse les épaules. « Je vais finir par faire comme ta soeur. Même si j’avoue que, Nity… y’a plus crédible que ça, comme prénom. » Mon ton se fait légèrement moqueur, mais pas méchant. C’est bon enfant, plus taquin qu’autre chose, et ça me fait bizarre de ne pas être à cet instant ce que la plupart appellent insolent. C’est ce que l’on me reproche, souvent. Mon impertinence, mon irrespect des plus grands. Je n’en ai que faire. Mais, là, l’envie de jouer les sales gosses ne me tente pas vraiment. Il y a quelque chose qui me force à être plus calme qu’à l’accoutumée, et je crois qu’il n’y a pas que le fait que Nithral ressemble à Belt —un peu. C’est autre chose, je le sais, je le sens même si je ne mets pas le doigt dessus. Il répond à mes questions, et je suis attentif comme je l’ai rarement été en quinze années de ma courte vie. Kanto… Je ne sais plus où c’est, en vérité. Les cours de géographie me paraissent déjà tellement loin… Trois ans. Il y a trois ans, je perdais Belt ; il y a trois ans, j’arrêtais l’école ; il y a trois ans, je crevais à l’intérieur. C’est beaucoup, pourtant, trois ans. Mais ça n’efface pas grand chose, pour ne pas dire rien, il faut croire.

« J'sais pas si j’serais capable de voyager, moi. Tout quitter, comme ça, et m’en aller loin… Des fois, j’en ai envie, mais j’crois que concrètement c’est pas fait pour moi. » Il faut dire, je ne connais qu’Unys. Les autres régions, je n’en connais que les noms, j’en ai même oublié certains, c’est l’inconnu face à moi, et ça m’effraie un peu. Je ne sais pas quels dangers existent, au-delà des frontières de la terre qui m’a vu naître. Je ne suis pas certain de vouloir les découvrir, d’ailleurs. « Ma mère est une Persian. » Je reviens à lui, je cligne des yeux. La sienne aussi ? Ça m’amuse, mais je réprime un commentaire. Je le laisse terminer, me renvoyer l’ascenseur. A lui de poser des questions ; je les aurais bien esquivées, mais il a répondu aux miennes.

Je termine ma canette en quelques gorgées, et puis je continue de jouer avec entre mes doigts. Je fais mine de réfléchir, alors que les réponses ne sont pas bien compliquées. Je jette un coup d’oeil à mon camarade, sourire en coin. « Dans l’mille. Un Noctali. Et ma mère est une Persian aussi… chromatique, et j’ai hérité d’elle. » Je n’en suis pas peu fier, de cette petite victoire à la roulette russe, au pile ou face. Combien de chances pour que j’obtienne moi aussi ce gène ? Il aurait pu se perdre, dans les méandres de tous les autres. Mais il est là, il coule dans mes veines, et ça ne me déplaît pas. « J'adore la nuit… C’est… J'sais pas. Calme. Beau. Oui, beau surtout. Les étoiles... » Je pourrais presque me mettre à rêvasser, mais je ne lui ai pas entièrement répondu, encore. « Et yep, j’ai toujours vécu ici. Je suis né à Cimetronelle, j’y ai grandi aussi. J’connais rien d’autre que cette région. » Je déglutis. J’ai peut-être pâli, aussi. Je ne sais pas. « Enfin… Si. J’en connais une autre, mais… Celle-là, pour sûr, plus jamais j’veux y retourner. » Je secoue la tête. Pourquoi j’en parle ?

La canette m’échappe, tombe à mes pieds. Je la récupère, et puis je me lève. Mon regard accroche une poubelle, à quelques pas de là, et je lance un regard à Nithral. « Cap de marquer, d’ici ? » Je vise, rien que quelques secondes, et puis je lance. La canette rebondit contre le rebord, dans un écho métallique, et puis vient s’échouer sur le sol. Je fais la moue, en m’avançant pour venir la récupérer, et la jeter directement cette fois-ci. « Puisque t’es dresseur, et que trois ans c’est pas rien, je suppose que t’as déjà pactisé avec des Pokémons ? Au moins un ? » J’hésite un instant, baisse d’un ton. « J’me suis toujours demandé… Fin, c’que ça faisait, de faire un pacte. Même si certains humains m’ont un peu passé l’envie, j’t’avoue. » Oh mon dieu, mon père me tuerait s’il savait la discussion que je tiens avec un humain, à l’heure actuelle.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Sam 28 Nov - 12:14
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

Nity... ce simple surnom, enfantin, le ramène si loin en arrière. Il ne peut s'empêcher de penser à Dorothy. Enfant tendre et innocente, elle qui est son soleil. Même séparés, même loin l'un de l'autre, ils demeurent lié à jamais. “Quand je serai grande, j'épouserai Nity !” disait-elle, cette douce petite chose si précieuse à son cœur. Ça faisait rire leurs parents et lui il bombait le torse fièrement en disant qu'il la protégerait toujours. Et puis elle deviendrait son pokémon et ils seraient tous les trois sur les routes avec Kayla et ça serait beau et génial et... et ça n'arrivera jamais. La Reptincel est morte et lui n'a plus contacté sa famille depuis des mois déjà. Il n'ose pas. Trop de choses sont survenues et maintenant, il a plus peur encore. Oswald pourrait les prendre pour cible, il pourrait utiliser Dorothy s'il apprenait leur existence, s'il savait que l'une des nombreuses faiblesses de sa cible consistait en une hybride Miaouss encore jeune et non meurtrie par la vie et ses assauts douloureux. Préservez-la, suppliait Nithral. Il accepterait n'importe quelle épreuve supplémentaire, il y ferait face. Mais qu'on épargne au moins elle, qu'on lui laisse son âme intacte par pitié.

Il chasse ces pensées. Tant qu'il se tient loin d'elle, tant qu'il reste un fantôme en fuite, silencieux pour le moment, elle devrait aller bien. Ils devraient aller bien. Nithral tourne la tête vers Flynn. Il sourit à son ton, à ses petites boutades pas méchantes. Il se demande si ça aurait ressembler à cela d'avoir un petit frère. Se chamailler, mais être capable de parler de choses sérieuses à la fois. Se dire des choses qu'on ne pourrait raconter à personne d'autre. Il aurait bien voulu, ça semble chouette. Et il s'étonne, il se surprends de tant de proximité, de tant de compréhension avec un enfant qu'il vient de rencontrer. Peut-être parce qu'ils sont décidément trop pareils tous les deux, trop fébriles et prêts à se briser à tout instant. Pourtant, il en est certain, Flynn est plus solide qu'il n'y paraît. Il ne sait pas ce qu'il a traversé, mais ça a dû être horrible. Suffisamment douloureux pour chuter et rester un moment à terre, sonné. Suffisamment pour envisager d'abandonner, de laisser tomber, de ne plus lutter. Pourtant, il se tient à ses côtés aujourd'hui. C'est qu'il tient bon, qu'il ne lâche pas non plus. Il a la volonté.

Le dresseur joue avec le bord de sa canette, en traçant le contour du bout de l'ongle. Il a l'impression de s'entendre, encore une fois. Lui aussi au début avait peur. Il se croyait incapable de quitter sa Kanto natale, d'aller aussi loin. Pourtant il était là aujourd'hui, il avait fait tant de choses.

C'est normal de redouter... J'pensais pas en être capable. J'ai failli crever le premier jour en plus, dans le genre départ merdique c'était pas mal, aha. Mais même si c'est pas tous les jours facile et que ma famille me manque, je suis content. J'ai vu des tas d'endroits et j'ai envie d'en voir encore plus. J'ai rencontré toutes sortes de gens aussi, des humains comme des hybrides. Et j'ai découvert des choses sur moi, que je ne soupçonnais pas. J'essaie pas de te convaincre ou quoi mais... voyager c'est plutôt sympa. Quand t'es paumé, ça t'aide à te retrouver. Et puis, t'es libre.

C'était bancale comme explication. Nithral ne se juge pas très doué avec les mots de toutes manières. Il se frotte un peu l'arrière de la nuque, se disant qu'après tout ce temps à expliquer des choses à Daeren constamment, finalement il n'était peut-être pas si bon professeur pédagogue que cela. Enfin il ne sait pas trop, s'il y a bien une chose qui ne change pas, c'est sa tendance à ne pas voir ses propres qualités...

Il sourit à la mention de l'espèce à laquelle appartient Flynn, amusé aussi par le fait que sa mère soit une Persian également. Petit hasard sympathique qui leur donne un point commun supplémentaire.

Cela te va bien. D'être un Noctali, je veux dire. Tu ressembles à la nuit que tu incarnes. C'est un peu comme si tu avais été façonné par le silence et le calme tombant du crépuscule. Et, ajoute-t-il avec un sourire en coin, j'aime la nuit aussi.

Après tout, il voyage avec son incarnation. Lugia, le seigneur des abysses. Il ne compte plus d'ailleurs le nombre d'heures qu'ils pouvaient passer parfois, Daeren et lui, à rester dehors devant le feu de camp en train de mourir doucement, la chaleur des braises les réchauffant tandis qu'ils contemplent en silence les étoiles par millier et la lune immense veillant sur eux. Dans ces moments-là, nul besoin de mots entre eux. La quiétude de l'instant est parfaite.

Il se redresse un peu, regarde Flynn viser la poubelle et le défier de marquer. La canette rebondit sans attendre son but. Nithral se lève à son tour, répondant à la petite provocation et lance, mais son tir est trop fort. La canette passe par-dessus la poubelle sans même la toucher et tombe derrière. Il fait la moue et va la chercher pour la jeter.

Heureusement qu'on a plus besoin de lancer des balls comme autrefois, mes compétences en matière de précision sont assez piètres. Preuve qu'on a pas grand chose à craindre de moi, rigole-t-il un peu, railleur.

Plus jeune, il avait lu quelques livres sur “Avant”, comme certains appelaient cette époque ou les pokémons n'étaient pas encore des hybrides. Il l'avait aussi étudié à l'école des dresseurs, durant ses années d'apprentissage. Apparemment, leurs ancêtres capturaient des pokémons en lançant les pokéballs dessus après les avoir affrontés et affaiblis. Méthode barbe de son avis, bien qu'il savait que beaucoup encore, partout dans le monde, étaient des défenseurs de ces vieilles pratiques et les regrettaient.

Parlant de cela, justement. Nithral est un peu surpris d'entendre l'autre le questionner sur l'aspect 'dresseur' de sa personne. Il a cru comprendre qu'il ne portait pas les humains dans son cœur, sans doute à raison. Mais il se pose des questions, il demeure curieux malgré tout. Il veut savoir, connaître ce qu'il craints. C'est compréhensible. Le jeune Stark reste debout, se dégourdissant un peu les jambes, faisant quelques pas devant Flynn. Il se sent un peu mieux, il n'a plus l'impression qu'il va tomber d'un moment à l'autre au moins désormais. C'est mieux.

Oui, je voyage avec un pokémon. Il s'appelle Daeren, il se repose à l'auberge pour le moment, on a fait un long voyage il faut dire. C'est un peu dommage, il t'apprécierait beaucoup je suis sûr, il adore rencontrer de nouvelles personnes en plus. Il sourit à cette simple mention, ne se doutant pas que le géant serait déjà en train de câliner le Noctali comme une peluche et de le questionner s'il était là. Comme toujours son visage s'adoucit à la mention du Lugia, ses yeux reflétant sa tendresse fraternelle à son égard. Ça fait un an qu'on est ensemble presque et avant, j-...

Il s’interrompt, ne parvenant à finir sa phrase qui meurt sur le bord de ses lèvres. Avant. Avant, il y avait Kayla. Avant il y avait la vie.

Nithral baisse les yeux, se mord l'intérieur de la joue. Il a fait son deuil, bien que les regrets demeurent, ainsi que la blessure d'avoir regarder Oswald briser la pokéball grisée devant ses yeux, impuissant. Ça fait encore mal. Pourtant, il sait que Kayla ne lui en veut pas. Qu'elle lui foutrait un bon coup de boule si elle était là, le traitant de bébé et lui disant d'avancer, de ne pas se retourner car ça ne servait à rien de toutes manières. C'est ce qu'il s'efforçait de faire. Il secoue un peu la tête, cherche à se calmer. Il s'interroge. Comment parler du pacte ? Comment expliquer à quel point se lier à ces pokémons qui avaient façonné son existence l'avait changé et sauvé ?

Je ne saurais trop dire... C'est différent pour chacun je suppose, mais pour moi... C'est comme retrouver une part de moi-même. J'ai l'impression d'être complet. Tu tisses un lien basé sur la confiance, le respect mutuel et l'amour . C'est quelque chose de particulièrement fort et l'autre devient une partie de toi. Tu es comme... lié à l'autre par un fil invisible, tu perçois ses émotions, sa présence. C'est un peu comme se tenir la main, constamment. Parce que tu sais que si tu tombes, l'autre est là pour te rattraper.

Il se frotte un peu la nuque. Encore une fois, il se rend compte qu'il ne doit pas être très clair. Mais il y croit. Il y croit vraiment. Ne sachant qu'ajouter, il sort la pokéball de Daeren de sa poche, dont il ne se sépare jamais. Les rayons pales du soleil se reflètent sur sa douce coque couleur mauve et il sent sa lourdeur dans sa paume à cause de leur sang mêlé qu'elle contient. Il la tend à Flynn, après une légère hésitation. C'est la première fois qu'il autorise quelqu'un d'autre, en dehors du Légendaire, à la toucher.

Pactiser, ça veut dire devenir une famille, des frères de sang. Pour moi du moins. Je sais que tout le monde ne pense pas de la même façon... notamment sans doute les humains que tu as du rencontrer avant. J'en suis désolé...

Il a honte à leur place, de ce que ses semblables sont capables de faire aux hybrides, lui qui se sent plus proches des pokémons que des autres humains. Ça ne devrait pas être ainsi, mais Nithral sait qu'il est parfois trop naif. Ou du moins il l'était.  
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Jeu 31 Déc - 11:05
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

Je l’écoute, d’une oreille bien plus attentive que je ne l’aurais imaginé. J’esquisse un léger sourire ; lui aussi a l’air d’être l’un de ces cas qui foirent un peu tout et savent s’afficher quand il le faut le moins. Et puis, il me parle de ce que c’est, que de partir. J’entends, je comprends, quand bien même je ne le regarde pas. Il y a une phrase, deux même, qui m’arrêtent net, me coupent le souffle, me frappent de plein fouet. « Quand t'es paumé, ça t'aide à te retrouver. Et puis, t'es libre. » Je déglutis. Me retrouver. Être libre. Je baisse la tête. Libre. N’est-ce pas là tout ce que je veux, tout ce que je cherche, tout ce dont j’ai besoin, depuis qu’il m’a laissé, depuis qu’elle a disparu ? Je crois que si.

Et pourtant, partir… Partir c’est flippant. Partir, c’est quitter tout ce que l’on connaît, nos bases, nos repères. Notre famille. Nos amis, aussi. Mais je ne sais pas si je peux vraiment songer au fait que j’en ai. Noa, peut-être. Peut-on appeler ami un clone qui a voulu vous faire la peau et puis vous a laissé dormir avec lui, à défaut de vous abandonner sous une pluie battante ? Peut-être. Alors, partir… Je ne sais pas. Mais possible que ce soit moins flippant, lorsque l’on n’est pas seul. « Être libre... » Ce n’était qu’un souffle, tellement bas que je ne suis pas certain qu’il ait pu le saisir. Peu importe.

« Cela te va bien. D'être un Noctali, je veux dire. Tu ressembles à la nuit que tu incarnes. C'est un peu comme si tu avais été façonné par le silence et le calme tombant du crépuscule. » Je ne parviens pas à réprimer le sourire qui s’imprime sur mes traits. Pour sûr, j’aime ce que je suis. J’ai toujours aimé être un Noctali. Et puis, Soliste disait la même chose. Je sens mon coeur qui se serre, et j’essaie de ne pas laisser la tristesse, ni la douleur, s’installer dans mon regard. « Et, j'aime la nuit aussi. » J’incline la tête. « Un jour, on regardera les étoiles ensemble. » Je me fige. Pourquoi j’ai dit ça ? C’est comme… si je lui promettais de le revoir. Ça m’a échappé. « Enfin, c’est pas que…! Fin… bref. Pardon. » Je ne sais même pas pourquoi je m’excuse vraiment.

Je l’observe qui vise en direction de la poubelle, lance ; la canette manque l’objectif, et de loin. Il faut croire que même moi, je suis plus doué que lui. Un tout petit peu, du moins. Son commentaire, empli d’une auto-dérision qui me plaît, m’arrache un léger rire. « J’avoue, t’aurais l’air un peu ridicule. N’empêche, j’suis sûr que certains rataient leurs captures à cause de ça, même si on n’en parle jamais. » Ça a quelque chose de marrant, d’imaginer ces dresseurs maladroits louper les Pokémons qu’ils voulaient par manque d’adresse. Il n’empêche, jamais je n’aurais cru savoir rire de quoique ce soit qui puisse avoir trait à la capture, à cette… chose dont mon père désire me tenir éloigné depuis toujours. Mais le type en face de moi n’a rien de mauvais, je crois. C’est peut-être ça, qui me rend si… confiant ? Je ne sais pas exactement. Je ne sais pas grand chose, au fond, en vérité.

En trottinant, je m’en vais récupérer mon sac, et je le remonte sur mon épaule, avant de me tourner vers Nithral, qui a poursuivi. « Oui, je voyage avec un pokémon. Il s'appelle Daeren, il se repose à l'auberge pour le moment, on a fait un long voyage il faut dire. C'est un peu dommage, il t'apprécierait beaucoup je suis sûr, il adore rencontrer de nouvelles personnes en plus. » Peut-être… que je le rencontrerai, un jour. S’ils repassent par Hoenn. Un jour… Un jour. « Daeren ? Ça fait combien de temps ? » « Ça fait un an qu'on est ensemble presque et avant, j-... » Plus rien. le silence. J’hésite à lui demander de poursuivre, je me retiens en fronçant les sourcils. Dans son regard, quelque chose vient de changer. Quelque chose ne va pas. Alors, je me tais, et j’enfonce mes mains dans mes poches, le regard baissé sur mes chaussures. L’une des rares paires encore en bon état, l’une des rares à ne pas avoir subi les escapades en forêt et les dommages qu’elles causent.

Et c’est là que Nithral reprend la parole, change de sujet, répond à ma question. Il parle de ce pacte, de ce qu’il ressent au travers du lien. Je n’ose pas le regarder, je me contente d’écouter le son de sa voix. Il y a quelque chose, encore. Mais c’est différent. Indescriptible. Je ne sais pas vraiment ce qu’est cette nuance qu’il y a dans son ton, mais ça donne de la force à ses mots. C’est bizarre. Je ne bouge pas, sinon ma main gauche qui s’acharne sur les bords du prospectus. Je le sens qui se déchire sous mes doigts. Tant pis. Pour ce que je comptais en faire…

Le frisson qui me parcourt est irrépressible. Je n’avais jamais vu le pacte autrement que comme une façon d’enchaîner les hybrides, un peu plus subtilement qu’une laisse autour du cou ou que de menottes aux poignets. Mon père me l’a toujours clairement sous-entendu. Et j’y croyais. Pourtant, aujourd’hui, j’apprends qu’il s’agit peut-être d’autre chose, plus grand, plus fort. C’est perturbant de voir ses convictions secouées. Il ment peut-être ? Je ne parviens même pas à croire à mes soupçons, qui se dissipent aussi vite qu’ils apparaissent dans ma tête. Un mouvement sur le côté, et je relève la tête vers Nithral.

Il a la main tendue vers moi, et au creux de celle-ci repose une sphère, que je n’ai jamais vu autrement qu’en dessins et photographies dans mes livres d’école, il y a quelques années. Je ne peux retenir mon léger mouvement de recul, face à cet objet que j’ai trop longtemps tenu en horreur. Elle est toute ronde, toute lisse, luisante. Elle n’a pas cette couleur rougeoyante habituelle. Elle est colorée de mauve. Je ne me souviens pas de la signification. Je sais que le jaune témoigne d’une mésentente entre le dresseur et le Pokémon, de conflits et de pire, aussi, parfois. Mais ce mauve, non… Je ne me souviens pas. Je secoue la tête, et puis je me surprends à tendre la main à mon tour. Elle tremble, et ça me surprend un peu. A croire que cette ball va me mordre. Riez, mais je crois que c’est presque ce à quoi je pense vraiment.

Et puis, je la touche. J’ai un léger sursaut, mais rien de plus. Elle ne me mord pas, ça ne brûle pas, ça ne me fait rien. C’est un objet comme un autre au fond, ni plus terrible, ni plus gentil. Un objet. Symbolique, certes, mais pas moins inanimé. P’pa me tuerait. Mais aujourd’hui, je m’en fous.

Je n’ose pas me saisir de la ball, me contente de l’effleurer légèrement, comme si je craignais de l’abîmer. Possible que ce soit le cas, d’ailleurs. C’est étrange. Nithral continue, et je frissonne en levant les yeux vers lui. « Ouais, tout l’monde pense pas d’la même façon. Genre, les enfoirés qui s’prennent pour des dieux à Unys. » Je ricane, amer. Et puis je réalise. Je me tais. Ma main retombe, et s’en va se saisir du papier froissé et déchiré par endroit dans ma poche. Changer de sujet. « Non mais t’y crois, toi, qu’on veuille inscrire un musicien débutant à un tremplin ? C’te prof est cinglée, y’a tellement mieux que moi dans c’t’école. » C’est moisi, comme revirement. C’est passer du Galifeu au Ponyta. Mais j’ai un peu paniqué. Comme si ces sales types pouvaient m’entendre. J’ai flippé. Alors c’est pas grave.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Lun 15 Fév - 10:40
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
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Surprise. Nithral écarquille un peu les yeux. Regarder les étoiles ensemble... L'autre dit ça comme si c'était une évidence, comme si un jour, ils pourraient vraiment le faire. Comme s'ils étaient destinés à se revoir de toutes manières, que ce n'était pas juste une rencontre de passage qu'on oubliait sitôt le prochain croisement de rue passé. Regarder les étoiles ensemble. Oui, ça sonne bien comme idée. Un sourire se dessine sur les lèvres du dresseur à cette sorte de promesse enfantine, maladroite, mais qu'il devine sincère. Il hoche un peu la tête, clignant lentement des yeux.

J'adorerais admirer les étoiles avec toi, oui.

Il est différent en bien des choses des nombreux pokémons que Nithral a pu rencontrer, en presque trois ans sur les routes. La plupart étaient indifférents à son existence, certains le fuyaient et considéraient sa maigre silhouette avec un mélange de méfiance et de dédain. D'autres étaient amicales, d'autres ont marqués son existence – Dorothy. Kayla. Daeren. Et puis certains l'ont trompé, lui ont fait du mal ou ont même essayé de le tuer. Il pense à cet Abo, cette chose horrible qu'il a fait dans cette forêt. Il pense à Eden, qui s'est joué de lui pour l'emmener jusqu'entre les griffes de Chronos, mais pour qui il ne peut s'empêcher d'avoir pitié et de vouloir l'aider. Un jour peut-être, il pourrait sauvé Eden – c'est faux, il le sait. C'est illusoire, Nithral. Il ne pouvait pas sauver tout le monde après tout. Il ne pouvait déjà pas se sauver lui-même. Mais cela ne l'empêchait pas de s'accrocher à cette idée.

Flynn était... autre chose. Il lui donne envie de sourire et de rire, comme lorsqu'il fait sa remarque sur ses talents de lanceur de cannette. Il avait eu peur, au début. Normal. Mais il n'avait pas fuit, ne l'avait pas regardé avec de la colère ou de la haine, alors qu'il serait en droit d'en vouloir aux humains. Ils ne se connaissaient pas après tout – pourtant, Nithral avait l'impression que c'était comme s'ils avaient toujours été ensemble. Comme si ce jour était de simples retrouvailles et qu'ils étaient obligés de se rencontrer. Le dresseur ne parvenait trop à mettre un mot dessus, à comprendre. C'était comme avec Kayla, comme avec Daeren. C'était une évidence – mais ça ne finirait pas comme avec Kayla, plus jamais.

Penser à feu sa Reptincel le bloque et il ne parvient à en faire part à Flynn lorsque ce dernier lui demande qui est la créature accompagnant sa route. Toujours. Peu importe à quel point il aimait le Lugia qui marchait à ses côtés aujourd'hui, peu importe si d'autres rejoignaient sa famille – pas son équipe ; sa famille. Sa meute. Kayla demeurait la première. Ils avaient grandit côte à côte en arpentant ces routes pour la première fois, ils avaient livré leurs premiers combats, connus la faim, la pauvreté et l'envie de tout envoyer balader pour rentrer à la maison se blottir sous des couvertures chaudes. Ils n'avaient pas renoncés, ensemble. Kayla avait laissé son empreinte à vie sur lui. Mais Nithral avait récemment comprit que ce n'était pas l'oublier ou lui manquer de respect que de continuer d'avancer et de se lier à d'autres.

C'est pour cela et aussi parce qu'il lui inspire ce quelque chose que Nithral n'arrive pas à nommer, qu'il tend la ball à Flynn. Il essaie de lui expliquer le pacte, mais comment définir l’indéfinissable ? Le Noctali tremble, hésite et finalement, frôle la ball. Nithral a envie de sourire, mais il se retient. Il a l'impression de se voir, la première fois qu'il a tenu la pokéball de Kayla, juste avant qu'ils ne fassent le pacte. Malgré la théorie et même la démonstration à l'Ecole des Dresseurs, sur le moment il avait tout oublié et avait manqué de tourner de l’œil quand il s'était entaillé l'épiderme pour faire couler un peu de son sang dans la ball, le liquide rouge et épais se mêlant à celui de Kayla quand ils avaient lié leurs mains pour presser leur plaie l'une contre l'autre.

Unys. Nithral frissonne, la peur et les souvenirs désagréables rampant le long de son dos comme un serpent. Il range la pokéball à sa ceinture – ils ne me le prendront jamais. Il serre les poings et enfonce ses ongles dans sa paume pour se calmer.

Ouais. Je les connais. Mais eux, ils ne sont même plus humains j'en ai peur.

Il crache ses mots, comme un défi. Comme pour dire à Oswald qu'il n'était pas effrayé par lui – faux. Qu'il pourrait lui faire face de nouveau – s'il te plait, ne viens plus, laisses moi en paix. Que si jamais ils touchaient encore à Daeren, il n'hésiterait pas – cette fois, je vous tue. Nithral ferme les yeux, inspire. La colère se dissipe, la peur aussi. Ne reste que le calme, Flynn devant lui.

Quand il rouvre les yeux, le Noctali a balayé le sujet précédent comme s'il n'existait pas et il lui en est reconnaissant. Nithral sourit.

T'es musicien alors, tu joues de quel instrument ? C'est cool. À part le triangle, j'ai jamais réussi à faire quoique ce soit de correct, aha.

Son regard remonte la ruelle. Il ne sait pas depuis combien de temps ils sont là, à discuter. Mais ça lui importe peu à vrai dire. Nithral se tourne de nouveau vers Flynn. Quelque chose lui chatouille les lèvres et il doit demander. Alors il ose.

Si t'as les compétences ou pas, je sais pas je t'ai jamais entendu jouer après tout. Mais... si t'as pas envie de faire ce concours auquel ta “cinglée de prof” t'as inscrit... le fait pas. Toi, qu'est-ce que tu voudrais faire ?

Il ne parle pas seulement en terme de musique. Mais il se doute que Flynn a comprit le sous-entendu.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Mer 24 Fév - 14:32
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

Ses mots tournent en boucle dans ma tête, encore et encore. « J'adorerais admirer les étoiles avec toi, oui. » Je ne comprends pas. Pourquoi ? Il ne me connaît pas, il ne sait même pas mon vrai nom, il… Pourquoi ? C’est qu’il y a dans ses yeux tant que choses qui me poussent à lui faire confiance, que je ne sais pas m’y soustraire. Il est humain, et pourtant je n’ai pas peur. Je hais la folie des hommes, leurs pulsions destructrices, leur égoïsme, leur cruauté, je hais ce qu’ils sont, et pourtant je ne méprise pas ce qu’est Nithral. Parce qu’il y a… quelque chose. Comme un secret, un non-dit, un non-su. Une confidence silencieuse, des mots qui n’ont pas besoin d’êtres prononcées pour être entendues, pour être comprises.

Je suis du regard sa main qui remet à sa ceinture celle Pokéball que j’ai à peine osé effleurer, sans trop savoir ce qui m’a effrayé, autre que les sermons de mon père et ma répulsion pour les hommes. Autre que ce dont on m’a persuadé pour m’éloigner de ce pacte étrange, dont il paraît impossible de converser en des termes justes. On a entretenu mon mépris, mon dégoût, ma répulsion sans borne, on a sagement dressé ma rancoeur pour m’écarter de cette prison que l’on me décrivait. Et maintenant… Et maintenant il y a Nithral et son discours, différent des autres. Peut-être parce qu’il est un dresseur, peut-être parce qu’il a déjà pactisé, peut-être parce qu’il y a au fond de son regard une trop grande douleur mêlée à une douceur sans borne, et à une tendresse fascinante lorsqu’il parle de ce Daeren et de ses aventures. De sa liberté. Je l’écoute, alors que je ne devrais pas ; je l’écoute alors que je devrais le fuir. Mais je ne le fais pas.

Ses doigts se serrent dans le vide, et je devine les ongles qui s’enfoncent dans les paumes de ses mains, pour m’être trop souvent entamé à étouffer la colère jusqu’à m’en faire mal. Serrer les poings, c’est saisir la rage, la souffrance à la gorge, et lutter, lutter contre elles et contre leur force dévorante, les rendre suffocantes, croire un instant que l’on peut gagner. Mais le combat est long, épuisant, douloureux surtout ; on est toujours les premiers à lâcher, à baisser les bras. Terrifiées, elles s’enfuient, s’en vont rien qu’un temps, se tapissent dans l’ombre. Et puis, un jour, elles reviennent, bave à la gueule, monstrueuses et avides de nous faire tomber. Rien qu’une fois de plus. Gagne-t-on jamais face à elles ? C’est souffrir ou mourir, pleurer ou crever.

« Ouais. Je les connais. Mais eux, ils ne sont même plus humains j'en ai peur. » Je n’ose pas croiser son regard, encore moins répondre. Je fuis, une énième fois, je change de sujet, je nous offre l’occasion de ne pas tout à fait nous briser encore sur les éclats de nos souvenirs. Il y a des choses qui valent mieux dans le silence, dans le secret, des choses que l’on doit taire si l’on tient à rester debout. Alors, pour ne pas m’écrouler, je me raccroche à ce petit bout de papier coloré, déjà déchiqueté par endroits, là où mes doigts se sont acharnés à le réduire en charpie, là où je l’ai trop froissé pour qu’il tienne le coup encore longtemps. Mais les lettres dansent toujours devant mes yeux, comme pour m’inciter à céder à leur appel. Je ne suis pas certain de vouloir.

Et puis, tout à coup, sa voix. Je relève les yeux vers lui, comme si je revenais de loin. Et ça n’est pas tellement faux. « T'es musicien alors, tu joues de quel instrument ? C'est cool. À part le triangle, j'ai jamais réussi à faire quoique ce soit de correct, aha. » J’esquisse un léger sourire : moi non plus, je ne savais rien faire de mes dix doigts, jusqu’à l’an passé. Jusqu’à ce que maman décrète qu’il fallait que je sorte, mais pas en forêt non : en ville, là où se passe la vraie vie comme elle dit. Que je vois du monde, que je me fasse de nouveaux amis, que je retrouve les anciens que j’ai lâchement abandonnés, quand Belt est mort, puis quand Soliste a disparu.

Sans même que je ne m’en rendre compte, mes mains se sont mises à trembler sur le prospectus. « Piano... » C’est juste un murmure. Et puis, je m’éclaircis la gorge, et je recommence. « Ouais, je suis pianiste. » Amateur et à mes heures perdues, quatre par semaine, cinq ou six lorsque les tremplins et autres concours approchent. Prodige en devenir, d’après Primrose, qui aime à me vanter auprès de mes parents. N’importe quoi.

Je renifle, et j’achève de froisser le feuillet entre mes doigts. « Si t'as les compétences ou pas, je sais pas je t'ai jamais entendu jouer après tout. Mais... si t'as pas envie de faire ce concours auquel ta “cinglée de prof” t'as inscrit... le fait pas. » Si c’était si simple. La boulette de papier colorée roule dans ma main, je la saisis plus fermement, et je lance en direction de la poubelle. Cette fois-ci, le projectile rentre sans faire d’histoire. Je n’éprouve pas la moindre fierté enfantine, pourtant. « Toi, qu'est-ce que tu voudrais faire ? » Je me fige et, lentement, je me retourne vers Nithral. Ce que je voudrais faire ?

Mes doigts s’accrochent à l’anse de mon sac à dos, la crochètent légèrement sans même que j’y fasse attention. Je les ai entendus, ces mots camouflés, cette question voilée par une banalité, en suite directe à notre conversation. Et je ne sais pas. Je ne sais pas. Mes yeux se perdent sur les cicatrices qui barrent mes mains ; toutes les cicatrices de ces fois où j’ai étouffé le mal, frappé la haine, vengé ma propre douleur. Vestiges de toutes ces fois où j’ai cru en avoir fini, de toutes ces fois où je me suis finalement relevé. Combien de temps encore ?

Je lève la tête vers le ciel, bleu au dessus de nous, entre les gouttières des bâtisses qui nous entourent. « Partir, fuir, respirer... être libre. Même si ça m'fait peur. Recommencer. Changer les choses. Ouais, changer les choses, ça m’paraît pas mal. Mais c’est pas possible ça, hein ? » Je ferme les yeux, et je sens la brise fraîche qui s’engouffre dans la rue, agite mes cheveux, caresse mon visage. « J’voudrais être capable de choisir, pour une fois. J’veux dire… Prendre la bonne décision, pas regretter. Puis pas faire de mal. J’en ai assez d’blesser les gens. » En rouvrant les yeux, je ricane doucement, mais c’est sans joie. Comme toujours, je ne réponds qu’à demi-mots. « Et éviter d’me blesser moi-même, par la même occasion. »

J’incline la tête, je l’observe entre les mèches de mes cheveux qui balaient mon front, mes tempes, me cachent un peu la vue de temps à autres. Je brûle de lui retourner la question, de le mettre au défi de répondre. Oserai-je ? Une seconde de plus s’ajoute au compte des autres, et j’ose. « Et toi, alors ? Qu’est-ce que tu voudrais ? »
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Mar 1 Mar - 12:16
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

Il est beau, son sourire. Un peu triste, un peu mélancolique, comme une chanson vieillit, mais beau tout de même. Il lui rappelle un peu le sien à vrai dire et Nithral ne peut s'empêcher de penser que c'est quand même fou. Ce que le hasard peut faire, comme mettre sur son chemin Flynn, cet être si particulier qui fait écho en son cœur d'une étrange façon. Daeren dirait que c'est là la volonté d'Arceus. Selon lui, tout passe par ce père divin qu'il adule comme le ferait un enfant. Il a envie de le croire lui aussi, de se dire que c'est bien ce Créateur qui les aide en plaçant de nouveaux éléments sur leur chemin. Mais une part de lui s'y refuse. Sa vie est décidé par lui seul, par ses actes et les rencontres qu'il fait et non via la volonté d'une créature toute puissante. Et si jamais c'était bien le cas... alors Nithral ne pardonnerait jamais à Arceus. Il ne lui pardonnerait pas la mort de Kayla. Il ne lui pardonnerait pas d'avoir laissé ces individus blesser Daeren – son propre fils.

Et il ne lui pardonnerait pas non plus d'avoir rendu le sourire de Flynn aussi triste.

Flynn, qui est pianiste apparemment. Le dresseur sourit un peu. Il essaie de se représenter le Noctali, assis sur le tabouret, ses doigts survolant élégamment les touches. Dans sa vision maladroite, il jouerait des airs comme Au Clair de la Lune. Ça doit sans doute être beau. Mais ça n'apporte pas plus de joie que cela au jeune musicien semble-t-il. Sans doute avait commencé à pratiquer car poussé par l'école ou bien ses parents peut-être, n'ayant guère son mot à dire. Si ça leur faisait plaisir, après tout. Nithral pouvait imaginer ce que c'était, pour l'avoir vu. Pour sa chance à lui, ses parents l'avaient toujours laissé faire à sa guise, ne lui imposant pas d'activités. Ils avaient été compréhensifs, avec un bon à rien de garnement comme lui. Il n'avait réalisé que récemment combien il avait eu de la chance en fait. Son enfance avait été paisible et ses parents avaient su équilibrer leur amour et leur protection avec le juste dosage. Contrairement à beaucoup d'autres.

Sa question le remue, il le voit bien. Nithral se sent un peu mal de ce qu'il provoque chez Flynn. Il est un chamboulement. C'est étrange de se dire qu'il fait cet effet à son tour, après que d'autres l'eut été pour sa propre personne. Il retient son souffle en écoutant les désirs du Noctali, qui font douloureusement écho aux siens. Être libre... c'était si simple et si compliqué à la fois. Nithral ferme les yeux quelque secondes.

Si quelque chose s'est mal passé, si quelque chose s'est cassé... tu n'y peux rien. Tu ne peux pas revenir en arrière et l'empêcher. Mais tu peux le réparer. Si tu as perdu une chose précieuse, tu ne peux pas empêcher sa disparition. Mais tu peux encore la retrouver. Tu peux toujours changer les choses.

Un sourire. Triste. Une pensée. Kayla.

Et si vraiment c'est impossible, si c'est quelque chose d'absolument définitif... alors tu peux au moins aller de l'avant, alléger ton fardeau. Faire ce qu'il faut pour aller mieux.

Sa gorge est un peu nouée. Nouée par les sanglots qui enserrent son cœur depuis qu'elle n'est plus là, depuis trop longtemps. Par ceux qu'il a versé, mais dont la source ne s'est pour autant tarit, lorsqu'il a vu couler le sang de Daeren et la rage destructrice s'emparer du cœur du Lugia qu'on a crut pouvoir dominer – Oswald avait cependant omit un détail. On ne contrôle pas un dieu. On ne commande pas à la nuit après tout.

La dernière question chatouille encore son esprit. Ce qu'il veut... il n'en est plus bien sûr à vrai dire. Avec les récents événements, Nithral à conscience, même si c'est effrayant et qu'il est encore un peu dans le déni de cette réalité sanglante, que le temps de l'innocence est fini. Daeren et lui sont des cibles. Ils ne peuvent plus juste voyager tranquillement, aller de lieu en lieu et flâner le long des chemins comme avant. Désormais, ils devront rester constamment conscients que Chronos peut les retrouver et leur faire du mal.

Moi... Je veux juste protéger les personnes auxquelles je tiens. J'ai pas de rêve de grandeur ou quoi. Je veux juste continuer ma route, accueillir avec nous ceux qui en ont besoin. Être libre et changer les choses pour le mieux, comme toi.

Sa voix faiblit, il baisse la tête. Il hésite, ne sait pas s'il doit oser. Mais s'il ne le dit pas, il a le sentiment qu'il le regrettera toute sa vie. Alors, dans un murmure, Nithral ose.

Si tu as envies... tu peux venir aussi.

Et il réaliste en prononçant ces mots, qu'il en vraiment envie. Parce qu'il sent qu'e lui a besoin de Flynn, c'est juste qu'il ne le savait pas encore.
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MessageSujet: Re: Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui. [PV Nithral] [Terminé]   Mar 1 Mar - 15:54
Depuis qu'il fait toujours nuit sur lui.
Nithral x Rhapsodie

L’air qui s’engouffre maintenant jusqu’à nous, ce vent qui m’apparaissait presque tiède, devient glacial dés qu’il touche ma peau désormais. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû ; tout est dans la tête il paraît. Peut-être que les choses ont l’air un peu plus ternes, malgré les murs pastels des allées. Il n’y a que quand mon regard se pose sur Nithral que le monde retrouve un peu de couleurs, c’est soudain et c’en est rendu plus étrange encore. Ça m’effraie presque, en vérité. Comme si, bien trop vite, il était devenu un peu trop important pour moi, comme s’il avait changé les choses et provoqué un déclic. Parce qu’une part de lui me ressemble, je crois. Et ça fait presque mal, de le regarder, ça blesse autant que ça rassure, et j’ai du mal à détacher mon regard de lui, tout autant que j’en crève de ne pas en être capable. Comme si, d’un coup, si je m’éloignais, si je le soustrayais à ma vue, j’allais tomber et perdre ma route. Une fois encore. Il est là, et c’est comme une accalmie.

Il ferme les yeux, à son tour, et ça n’est qu’à présent que j’arrive à poser mon regard ailleurs que sur lui ; ailleurs, sur les briques peintes de si jolies couleurs. Soliste les adorait, non ? Mon coeur se serre, douloureusement. Toujours la même rengaine, toujours le même refrain. Que vaut le monde si l’on perd notre centre de gravité, que vaut la vie si l’on n’a plus de mains à qui la confier ? Tout en revient toujours à l’espoir, l’espoir fou de la retrouver, parce que sans elle je ne suis plus rien. L’espoir, cette chose étrange qui guide les âmes les plus égarées, même celles qui affirment ne plus y croire. Il n’y a que les damnés et condamnés pour ne croire en rien. Je déglutis, difficilement. Et lui, alors, il ne croyait donc plus en rien, quand il avait le néant dans les yeux et la mort dans le coeur ?

« Si quelque chose s'est mal passé, si quelque chose s'est cassé... tu n'y peux rien. Tu ne peux pas revenir en arrière et l'empêcher. Mais tu peux le réparer. Si tu as perdu une chose précieuse, tu ne peux pas empêcher sa disparition. Mais tu peux encore la retrouver. Tu peux toujours changer les choses. » Mon attention se reporte sur lui, aussitôt, et mes poings se serrent. Toujours ? Je ne sais pas si j’y crois, à ce toujours, aux lendemains promis et à toutes ces choses qui m’échappent, qui me paraissent inaccessibles parce qu’elles m’ont été à chaque fois refusées. J’ai perdu mon tout, alors il n’y a plus que des jours orphelins de leur mère Éternité, désormais. Alors, non, non, je n’y crois pas, je n’y crois plus. « Et si vraiment c'est impossible, si c'est quelque chose d'absolument définitif... alors tu peux au moins aller de l'avant, alléger ton fardeau. Faire ce qu'il faut pour aller mieux. » Comme avec Belt, sans doute. Le temps passe, et ça fait un peu moins mal maintenant. Il me manque, mais ça n’est plus ce couteau qui ne cessait de tourner et retourner dans la plaie béante et suintante et douloureuse. Ça cicatrise, et ça fait moins mal si l’on n’appuie pas dessus. « Je la retrouverai. » Juste un souffle, comme un aveu ; je la retrouverai, quoiqu’il m’en coûte. S’il me faut ne tenir plus qu’une seule promesse dans ma vie, je veux que ce soit celle-ci, et aucune autre. Je la retrouverai.

Je les entends, les larmes de sa voix ; celles qui ne couleront pas et se feront plus amères encore. Celles qui font souvent trembler la mienne, aussi. Je les connais un peu trop, ces larmes retenues qui, plus ou essaie de les oublier, plus elles se font présentes, insistantes, désireuses de s’évader. Je les connais, le sel qui brûle les yeux, le noeud qui prend à la gorge et ne lâche plus, le souffle qui devient plus difficile. Je ne la connais que trop, cette sensation d’être fragile à pouvoir s’en briser au moindre choc, faible à pouvoir s’effondrer la seconde qui suit la moindre pensée un peu plus noire que les précédentes. Je la connais un peu trop, cette envie si immonde que l’on ne veut pas y céder. Jamais.

J’ai survécu, on m’a accordé la liberté, à condition d’intérêts. Alors, non, ce gouffre qui voudrait se saisir de moi, je crois que je n’y céderai pas. Je ne crois pas en toujours, mais je crois en la force de jamais. Et je sais que jamais, tant qu’elle sera là, quelque part dans le monde, occupée à m’attendre, je ne pourrai tomber. Parce qu’au bout du chemin, il y a toujours la lumière, n’est-ce pas ? « Moi... Je veux juste protéger les personnes auxquelles je tiens. »  J’aurais voulu, moi aussi. Oh, si tu savais combien j’aurais voulu en être capable. « J'ai pas de rêve de grandeur ou quoi. Je veux juste continuer ma route, accueillir avec nous ceux qui en ont besoin. Être libre et changer les choses pour le mieux, comme toi. » Changer les choses. C’est peut-être possible, puisqu’il l’a dit ? Si rien n’est jamais figé, alors, tout peut encore changer ? Vraiment ?

D’un geste, je replace encore mon sac sur mon épaule. Il menace de glisser à chaque fois et, même quand il ne le fait pas, c’est un simple réflexe. Une seconde pour reprendre contenance, aussi. Une seconde avant les mots de trop. « Si tu as envies... tu peux venir aussi. » Je ne comprends pas ; pas tout de suite. Il faut que je croise son regard et m’y perde, un long moment, avant que les mots ne prennent sens dans mon esprit, se changent en quelque chose de plus clair, de plus compréhensible. Instinctivement, je fais un pas en arrière.

« T’es en train de me proposer de… nouer un lien, là ? » J’ai entendu ma voix grimper d’un octave ou deux et se briser, sans trop comprendre pourquoi. Je recule encore, légèrement, sans être capable de savoir ce qui m’effraie tant. C’est que… c’est si… soudain, inattendu, et c’est un humain malgré tout, et je n’ai que quinze ans, et il y a mes parents, et ma forêt, et mon enfance, et Noa. « C’est… je... » Mes doigts agrippent plus fort l’anse de mon sac, et je secoue la tête. Je ne peux pas.

Je serre les dents ; que disais-je ? Prendre des décisions, partir, être libre ? Je ne suis qu’un lâche, au fond. Je baisse les yeux, me prends tout à coup de fascination pour les dalles du sol, jonchées de çà, de là de pétales de fleurs qui ont cédé face à la saison froide qui s’installe. Je suis pris d’une envie de fuir, encore, parce que je suis incapable d’être aussi sûr de moi que je le voudrais, aussi franc, aussi déterminé. Il a osé, lui, au moins, il a osé me demander ce à quoi je n’aurai jamais songé par moi-même. Et maintenant, que suis-je censé faire ? « Je… Je suis désolé mais, je ne... » Inspire, expire. Je relève les yeux. Je sais. « Je serai à Mérouville, dans un mois, jour pour jour, pour le tremplin de ma cinglée de prof. Quinze heures, devant l’hôtel de ville. » Je déglutis, avec peine, et je recule encore. « Si tu y es… si tu veux toujours de moi… Je… Je déciderai, à ce moment-là. Mais pas avant, je… J'peux pas. » Mes pas en arrière me font heurter la marche du palier sur lequel nous étions assis, un peu plus tôt, et je m’arrête. Pas un seul instant, je ne l’ai lâché du regard.

« Je dois rentrer… Mes parents vont s’inquiéter. » Pas vraiment, en vérité, parce qu’ils étaient habitués à ce que je ne rentre pas toujours, à ce que je passe tout juste déposer mon sac avant de partir vagabonder dans les bois de Cimetronelle. Avant de partir le retrouver. Je ne sais pas quelle heure il est, mais je me doute que le prochain bus ne tardera pas. Je ne suis pas certain de le prendre, pas cette fois. Marcher, respirer, réfléchir, pour ne plus être pris de court. Savoir ce que je veux, enfin. Dis-lui, me souffle une petite voix. Dis-lui, avant de t’en aller. Je ferme les yeux, le temps d’une profonde inspiration. Et puis, je replonge dans son regard. Cette fois, ma voix ne tremble plus autant. Apprends à lui faire confiance dés aujourd’hui, Rhapsodie, tu ne sais pas de quoi demain sera fait. « Hey, Nith… Nity ? J'm'appelle Rhapsodie. » J’esquisse un sourire. Fugace, mais un peu trop sincère. « Flynn c’est… Pour me protéger, il paraît. Mais mon vrai prénom, c’est Rhapsodie. » Rhapsodie. Nithral. Nithral et Rhapsodie. Nithral, Daeren et Rhapsodie ; ça sonne plutôt bien, tu ne crois pas ?
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